Chronique d’un jour bleu (Ninon Valder 21).

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Photo : Frantz-Minh Raimbourg.

Photo : Frantz-Minh Raimbourg.

Publicité
21 juin 2026
Folk à Lier
 
Rêves et imaginaires
de Atahualpa Yupanqui à Francis Bebey
 
Chères auditrices, chers auditeurs,
Rêver
Imaginer
Comment ne pas couper les ailes à nos rêves ?  Suivre le mouvement délicat des ailes qui propulsent vers le ciel, suivre le bruissement des plumes sur le fond bleu, parfois apercevoir la transparence du soleil.
Suivre les vibrations discrètes du cœur qui nous emmène vers un autre monde, celui de nos rêves, celui de notre harmonie et de notre être bien.
Ne pas se conformer à la réalité qui nous est proposée, aller au-delà des formes et des apparences, sauter au dessus des obstacles des nouvelles technologies et les faire outils pour réaliser le monde qui nous tient à cœur.
Aujourd’hui je vous propose une intuition, une sensation que j’ai eu il y a quelques semaines.
J’ai entendu quelques accords de la guitare de Francis Bebey lors d’une présentation de sa musique par Aliette de Laleu. Et cela m’a appelé l’oreille. Francis Bebey et une guitare, tout seul, sans voix, juste la guitare. Et cette guitare a résonné en moi avec celle d’Atahualpa Yupanqui.
Je me suis mise en route pour retracer le commun de ces deux grands musiciens. Pas le chemin de leurs concerts mais celui de leur musique, et du rêve qui la porte. Ce rêve ce n’est que ma vision, et c’est un encouragement à chercher notre rêve.
Nous allons écouter un premier extrait, je ne vous dit pas lequel des deux joue.
 
ÉCOUTE : Francis Bebey - Le chant d’Ibadan
Troubadours du silence.
Ces deux artistes ne viennent pas de la même terre, ni du même continent, ni d’une même génération. 21 ans séparent leurs naissances.
Alors est-ce le son des enregistrements ? Est-ce le rythme du monde de cette époque.
Ou alors est-ce cet imaginaire, ce rêve qui les porte à créer une musique qui a un moment de leurs carrières respectives, se ressemble, et aujourd’hui se rencontre dans nos oreilles.
Alors qu’y a-t-il de commun à ces deux artistes ?
Atahualpa Yupanqui est profondément de la campagne argentine, de la pampa. Il grandit là-bas au milieu des grands espaces. Il apprend d’abord le violon et fait tout pour passer à la guitare. Il fera par la suite des kilomètres à cheval pour aller prendre ses cours. Il aime la musique classique : Sur, Albeniz, Granados, mais aussi Schubert, List, Beethoven, Bach ou Schumann. En parallèle il partage ses soirées avec les gauchos (gardiens de vaches) au coin du feu et écoute leurs poésies accompagnées de guitare.
Francis Bebey vient de la capitale du Cameroun : Douala. Il est fils de pasteur et grâce à cela il rencontre les musiques de Bach et Haendel, qui le fascinent. Son premier instrument sera l’accordéon, l’oreille tendue vers les musiques et les instruments traditionnels de sa terre. La guitare sera un instrument appris en autodidacte.
A. Yupanqui n’est pas autodidacte, mais il est gaucher et joue de la guitare dans la position inversée par rapport aux habitudes. Cela me rappelle un autre grand musicien, cette fois-ci indien, Hariprasad Chaurasia qui réappris à jouer de la flûte bansuri à gauche pour pouvoir étudier avec Annapurna Devi (qui était aussi la femme de Ravi Shankar).
La musique d’une terre, la musique d’un ailleurs, le rêve d’une vie.
Nous écoutons un deuxième extrait.
 
ÉCOUTE : Malambo A. Yupanqui
Alors ?
Avez-vous pu reconnaitre qui est qui ?
Le premier était Francis Bebey, Le chant d’Ibadan dans un enregistrement de 1978, issu du disque « Ballades africaines » sorti sur le label Ozileka. Le deuxième de Atahualpa Yupanqui, enregistrement de Malambo, dont je n’ai pas réussi à retracer la date et l’enregistrement.
Comment rentre-t-on dans une culture ? Dans un son ? Qu’est ce que la musique nous apporte, dans nos têtes, dans nos corps ? Comme une langue secrète, connue de tous, qui nous permet d’accéder à d’autres mondes, ceux de nos rêves.
Ici, maintenant, aujourd’hui quelle est notre musique ? Notre culture ? Qu’est ce que nous voulons créer ?
Francis Bebey et Atahualpa Yupanqui avaient ceci en commun qu’ils aimaient leur terre, qu’ils cherchaient à la connaitre, à la défendre, à l’imaginer, à la rêver, à la révéler. Politiques, journalistes, écrivains, poètes, musiciens, ils ne s’arrêtaient pas à l’apparence, plongeaient dans les voyages et les rencontres, et sûrement dans des solitudes. Ils ont en commun un rapport à l’espace, au silence, à l’attente.
Une dernière chose, l’histoire veut qu’aujourd’hui nous  redécouvrons les routes des musiques et que l’on voit clairement que l’histoire a parfois été écrite avec des omissions, avec des éléments délibérément oubliés. En Argentine des recherches ethno-musicologiques portent à réintégrer l’influence des musiques africaines, apportées par les esclaves et leurs influences dans le tango et dans le folklore argentin.
         L’imaginaire.
Il y a quelques années Juan Carlos Caceres chantait Tango Negro, et personnes ne le croyait.
Mon imaginaire : j’imagine qu'en temps que femme blanche, je peux avoir ma place au même titre qu’un homme, que mon travail est écouté avec la même attention et non plus mis de côté, effacé.
Des musiciens du continent africain se penchent sur le rêve à créer. C’est le cas de l’artiste camerounais Blick Bassy qui vient de publier un essai : « La bataille des imaginaires africains - Pourquoi la culture décidera de l’avenir du continent ».
Au travers de ce titre nous comprenons l’importance pour chaque peuple, pour chaque être de conserver son rêve et son imaginaire.
Et ce sont ces pluralités de rêves qui rendent riche notre monde, et qui font que chaque lieu est un lieu unique et singulier, grâce aux êtres qui le composent.
Avant de vous quitter je vous partage un de mes rêves devenu réalité. Je voulais rendre hommage à Tonton Rido Bayonne. Je vous ai dit que j’avais joué avec lui, et donc à ma manière j’ai fait plonger l’Argentine dans l’Afrique de l’Ouest.

 
ÉCOUTE : Tonton de Ninon Valder. Sorti le 22 mai sur Flying Penguins / Inouie Distribution.
Ninon Valder : bandonéon voix
Avec Carine Bonnefoy piano, percussion
Abdoulaye Kouyaté : guitare
Ne laissons pas à d’autres l’espace de nos cultures, ne laissant pas l’argent dicter notre imaginaire d’aujourd’hui ou de demain. Je suis, tu es, nous sommes.
Prenez en soin, de la musique, des rêves, de ce que vous écoutez.
Alors écoutez, rencontrez, dansez
Soyez au monde
Le cœur ouvert
Les yeux dans vos rêves
Et vos imaginaires à vos côtés.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article