Jean-Luc Thomas (2026).
Entretien avec le flûtiste et compositeur de Bretagne à l’occasion de la sortie de ses deux derniers disques parus sur le label Hirustica.
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« Souffleur de Rêves » est ton premier album solo ?
Oui, tout à fait. Le titre vient d’un journaliste dont je ne me rappelle plus le nom mais qui m’avait baptisé ainsi dans son article suite à un concert que j’avais fait à Paris. J’avais trouvé ça tellement beau que je l’ai gardé.
A cette époque, je travaillais avec deux grands compositeurs, multi-instrumentistes et chanteurs, le Brésilien Carlos Malta qu’on appelle « Le Sculpteur de Vents » et le Béarnais Alain Larribet surnommé « Le Berger des Sons ». « Souffleur de Rêves » arrivait dans cette équation d’amis.
L’idée est née pendant les périodes compliquées des différents confinements en 2020 et 2021. Je me suis retrouvé tout seul artistiquement après trois années de collaboration très dense avec le Théâtre Equestre Zingaro.
A Pleubian, le village de mes parents dans les Côtes-d'Armor en Bretagne, il y a une salle de spectacle du nom « Le Sillon » qui était mise à la disposition des artistes. J’y suis allé plusieurs fois. C’est dans cet endroit que j’ai eu l’envie de créer ce spectacle solo très onirique et méditatif, mais également un quartet sous mon nom avec de jeunes musiciens.
Raconte-nous d’abord la réalisation de ce nouvel opus (presque) en solitaire !
C’était au départ un projet pour la scène. L’enregistrement studio s’est fait avec l’ingénieur du son Jacques-Yves Lafontaine aux Studios Bretagne à Ploërmel. On a retravaillé les arrangements. Il y a eu la volonté également de ralentir le rythme plutôt rapide du spectacle et d’offrir une atmosphère plus contemplative. Cela a pu se faire avec l’aide du chorégraphe Bernardo Montet qui travaille beaucoup sur cette idée de retour vers soi et de trouver son pas….
Je joue de différentes flûtes traversières en bois. En dehors de celles fabriquées par Stéphane Movan et Jil Léhart, on peut entendre également la bawu chinoise, la bansuri indienne, la japurutu de Colombie, la fujara harmonique des bergers slovaques… Il y a des bruits de la nature, une scénographie particulière… Chaque instrument me ramène à un thème, un voyage, une rencontre… J’y ai associé des percussions (cloches, cymbales tibétaines,…) et des instruments à eau (flûte à eau, aquaphone,…). Denis Péan est le seul invité présent sur le disque. Certaines phrases de son poème qui clôture « Souffleur de rêves » ont servi à intituler quelques-unes des douze compositions.
J’utilise également le Logelloop (NDLR : outil de spatialisation de boucles musicales via plusieurs canaux pour la création sonore en temps réel), créé et développé en Bretagne par le musicien/compositeur Philippe Ollivier avec l’aide de l’ingénieur informaticien Christophe Baratay.
Dans toutes ces figurations, ce solo est un espace de création et d’affirmation de soi. Mon souhait est de partager ce voyage intime qui parle finalement de chacun d’entre nous et de nos mémoires.
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Et puis il y a « Sillons » !
Ce sont deux branches qui viennent du même tronc (sourire). J’avais également le désir de quelque chose qui groove, avec de jeunes musiciens. Le quartet s’est d’abord formé avec les deux rythmiciens. Hugo Pottin, le batteur, a une approche de l’instrument qui se nourrit des musiques indiennes, africaines et brésiliennes. Il fut un des derniers compagnons de route du guitariste Jacques Pellen. Simon Le Doaré qui joue de la contrebasse est le fils du Chorégraphe Patrick Le Doaré, il est également compositeur, arrangeur, auteur, comédien et enseignant. Timothée Le Net est accordéoniste diatonique, je connaissais son travail depuis longtemps, il a un très bel univers. Il y a également trois invitées : Catherine Delaunay aux clarinettes, Marie-Suzanne de Loye à la viole de gambe et Line Willerval au violon bulgare gadulka. Pour ma part, j’utilise plusieurs flûtes en bois et la flûte bansouri de Harsh Wardhan.
On a commencé à jouer ensemble en 2021 et nous avons eu la chance d’avoir plusieurs partenaires qui nous ont soutenus, que ce soit à Brest, Lorient, Châteaulin et ailleurs. A partir de là, il y a eu des concerts et des tournées qui se sont organisés.
Parle-nous du répertoire !
La majorité des titres ont été arrangés à 4.
La suite « Takamba Yacouba » / « Mougou Boubacar », sont des pensés musicales pour mes complicités du Niger avec qui j’avais formé le Trio Serendou, Yacouba Moumouni (flûte) et Boubacar Souleymane (percussions). Je les avais rencontrés en Bretagne il y a un peu plus d’une vingtaine d’années.
« Portbandar » / « Hyderabad » évoque l’Inde et sont dédiés aux deux grands maîtres de la musique carnatique que sont le flûtiste Ravichandra Kulur et le joueur de percussions Ghatam Giridhar Udupa. Avec eux, j’avais réalisé deux tournées en Inde (2014 et 2017) et le disque « Magic flûtes » (2017).
Mon histoire avec le Brésil a démarré d’abord en Bretagne en 2001 avec « Terra Musical », une collaboration entre mon trio de l’époque Kej (avec Pierrick Tardivel et Philippe Gloaguen) et les Brésiliens d’Um Trio Viralata. Par la suite, j’ai eu la chance de faire plusieurs voyages et de nombreuses rencontres là-bas. « Maracatu PR » revient entre autres sur l’histoire de l’esclavage et du commerce triangulaire. Et puisque cette région du monde est toujours très présente dans ma vie, je participe avec quatre autres musiciens chanteurs (Aline Le Masson. accordéon, Barbara Letoqueux. voix, guitares et percussions, Gab Faure. violon et mandole, Julian Biblocq. percussions) à un « NordestiNoz » qui relie les bals forró du Nordeste du Brésil aux festoù-noz de Bretagne.
Enfin, « Kaz A Barh », c’est l’image d’une région fière et déterminée tandis que « KJ « (« Kenavo Jacques »), c’est un message que nous avons voulu tout en retenue à mon ami, grand guitariste et compositeur brestois qu’était Jacques Pellen (décédé en avril 2020) qui a inspiré de nombreux musiciens par ses audaces musicales et artistiques.
« Sillons » est un carnet de voyage musical et un hommage à quelques uns des musiciens que tu as rencontrés ?
C’est un bilan par la force des choses. Je suis à un moment de ma vie où il est temps de dire merci à celles et ceux qui sont parti.e.s trop vite, aux complices de tous les jours et de toutes les aventures… C’est également une façon de dire que le monde est immense, qu’il y a encore des musiques à découvrir, des artistes à rencontrer et que c’est maintenant que ça se passe…
Une conclusion ?
« Le Souffleur de Rêves » est une histoire connectée à chaque instrument. Le Quartet est lié à des ambiances, des couleurs,… Sur scène, « Sillons », ce sont des moments d’improvisation mais également de narration. Je raconte pourquoi j’ai composé tel ou tel titre, à qui ils sont dédiés, de façon à ce que le public soit du voyage avec nous.
Entretien réalisé à Paris par Frantz-Minh Raimbourg.
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