Chronique d'un Jour bleu (Ninon valder 16).
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21 septembre 2025.
Folk à Lier.
Folk à Lier.
Métissage, l'Art de la Vie
Chères auditrices, chers auditeurs,
Quel plaisir de vous retrouver.
ÉCOUTE : Nofo Niafa de Ninon Valder - live en studio - Ninon Valder flûtes
Septembre et ses couleurs, septembre et ses départs vers de nouveaux horizons. Il y a ceux qui arrivent pour étudier dans de nouvelles villes, Il y a ceux qui s’en vont vers un ailleurs inconnu.
Une génération de musiciens qui ont embrassé le monde nous quitte. En deux semaines, deux créateurs uniques qui ont porté leurs musiques dans toutes les scènes du monde sont partis.
Raùl Barboza, immense accordéoniste argentin, mage du Chamame, et Hermeto Pascoal, accordéoniste, flûtiste, multi-instrumentiste brésilien. L’Amérique latine et le monde perd des ambassadeurs de paix et de partage.
La musique qui dépasse les frontières, une musique métisse, une musique qui guérit.
J’avais rencontré Raùl Barboza il y a deux ans pour rendre hommage au bandonéoniste Juan Jose Mosalini, qui fût mon maître de bandonéon pendant 13 ans. Raùl était une personne au grand cœur et à la musique qui nous porte vers un état de joie profonde. Le chamame de Raùl était une multitude de couleurs, de rythmes. Il aimait à rappeler que l’accentuation de sa musique était à l’envers de celle que l’on connaît en Europe, ce qui lui donnait un rebond si particulier.
ÉCOUTE : El arbol y el colibri de Raul Barboza - 4’01 extrait du disque El arbol y el Colibri
La métaphore de ce morceau, est la possibilité de créer du nouveau avec une graine précieuse alors que l’arbre originel se meurt. Quoi de plus vrai aujourd'hui ? Comment peut-on créer un monde en conservant nos valeurs de société ? Valeurs ? Peut-être pourrait-on dire ce en quoi nous croyons, ce qui nous fait être au monde.
Il est impossible aujourd’hui de s’accrocher à un monde qui n’est plus. Nous sommes dominés par un capitalisme individualiste et chacun de nous est devenu l’esclavagiste de son propre voisin. Mais libre à nous de ne pas se faire engourdir par les mass médias, par une fausse joie liée à la possession. A moi. Si c’est à moi, alors ce n’est pas à toi. Où est le Bien Commun ?
Commun ? Qu’avons nous en commun plus qu’en différence ? Commence de ce commun reconnaître l’autre dans sa différence, comme une richesse. S’enrichir de la différence de l’autre.
Hermeto Pascoal était albinos. Raùl Barboza et Hermeto Pascoal étaient accordéonistes et compositeurs, rythmiciens de talent, s'inspirant tous deux de la nature. Tous les deux avaient des capacités à faire des choses « magiques », qui leur étaient reconnues par leurs pairs.
Hermeto a joué avec Miles Davis, et celui-ci l’a publiquement reconnu comme un musicien important. Raùl a été invité par Astor Piazzolla à venir en France et l’a déclaré un musicien exceptionnel dans la presse nationale française.
MULTI
Hermeto était multiple. Métisse déjà dans son art car il est depuis toujours flûtiste et accordéoniste. Je m’y reconnais bien là, dans la joie d’exprimer la spécificité de chaque instrument, chacun d’entre eux nous permettant un type de rapport au monde.
ÉCOUTE : Bebe de Hermeto Pascoal - 4’21
J’aimerais inviter les auditeurs à sentir ce qui les touche le plus dans ces musiques. Folk à Lier, où l’amour de la musique folk. C’est à dire une musique liée à un territoire, à une terre. Une musique liée à la danse.
Qu’est-ce qui nous touche? Qu’est-ce qui nous rend unique ?
Qu’est-ce qui rend l’autre unique ?
Le monde mélange les cartes, nous perdons le lien au vivant, au commun, au temps perdu à discuter, à être ensemble. Et si ce qui me plaît le plus ce n’est pas ma solitude, mais de vivre quelque chose avec d’autres ?
Et si ce qui a le plus de valeur, ce n’est pas l’argent que je peux gagner en exploitant plus l’autre, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, mais mon lien à cet autre.
Alors multiples instruments dans les mains d’un magicien, alors multiples rythmes qui vibrent dans nos cœurs.
Vivre le monde d’aujourd’hui en sachant quelle est notre spécificité, notre identité, notre culture. Parce que nous pouvons partir à la rencontre de l’autre, cela est le temps moderne.
Vivre métisse de toutes les cuisines, de toutes les musiques qui viennent de la Terre, et savoir encore mettre nos pieds nus dans la rosée du matin.
Je vous souhaite un bel automne, et un beau dimanche.
Et bien sûr, sortez, dansez, vivez !