Laurent Cavalier et Guilhem Verger.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Photo : site Sirventés.

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Entretien avec Laurent Cavalié et Guilhem Verger à l’occasion de la sortie de leur dernier disque « Cosmogonia ».
Racontez-nous vos jeunesses musicales !
Guilhem Verger : Je ne viens pas d’une famille de musiciens. Ma grand-mère et ma mère chantaient,  j’avais un oncle, décédé à la fin du 19ème siècle qui était montreur d’ours et qui faisait de la musique, mais c’est à peu près les seuls qui pratiquaient cet art.
Au départ, je suis saxophoniste. J’ai fait mes études au Conservatoire de Paris à La Villette. Je me suis toujours intéressé au répertoire classique, au jazz, aux traditions de l’Inde et d’un peu partout. Puis il y a une dizaine d’années, je me suis mis à l’accordéon. Une de mes premières influences avec cet instrument a été Hervé Capel du duo auvergnat Artense.
Laurent Cavalié : Les débuts, c’était à l’Ecole de Musique municipale d’Albi. Entre 20 et 30 ans, je n’avais pas de groupes, je ne faisais pas de concerts, je composais pour des compagnies de théâtre et de danse contemporaine. Mon intérêt pour les musiques occitanes s’est fait progressivement en prenant conscience de la culture et l’histoire de notre région. A un moment, j’ai décidé d’être un artiste de « quelque part ». J’ai réappris la langue occitane en écrivant mes premières chansons. J’ai approfondi mes recherches en collectant pas loin de 600 chants traditionnels oubliés entre Corbières et Minervois et que j’ai partagé avec d’autres musiciens du Pays Audois.
Parlons de Sirventés !
LC : C’est à la fois une maison de production, un label de disques et un diffuseur artistique qui réunit des chanteurs, des musiciens, des conteurs et qui ont en commun la langue d'oc. C’est Bernard Giacomo qui a créé cette structure en 1996. Maintenant, nous sommes administrés en SCOP (Société Coopérative et Participative). L'ensemble des personnels techniques, administratifs et artistiques sommes associé.e.s et agissons en coresponsabilité.
GV : Laurent est l’un des premiers artistes à avoir adhéré à Sirventés. Il est actuellement le directeur artistique du quatuor vocal féminin La Mal Coiffée (8 albums). Il a sorti également trois albums en solo, « Soli Solet » en 2009, « Mon ombra e ieu » en 2018, « A la frontièra dels Gigants » et un livre de poésie et chansons  « Quicom De Roge ».
LC : J’ai officié aussi en tant qu’accordéoniste-chanteur pendant une quinzaine d’années avec Du Bartàs (6 albums). Et ajoutons un spectacle de récits, chants et poésie (« N’i a pro ! ». « Ça suffit ! ») avec Marie Coumès sur les luttes des vignerons dans les années 1970.
Comment vous-êtes vous rencontrés ?
LC : Dans une fête, un repas de quartier à Narbonne il y a 6/7 ans. Nous habitions pas très loin l’un de l’autre, Guilhem est venu avec son accordéon, j’avais réussi à me procurer quelques percussions, on a fait danser les gens sur la place du village…
GV : Au début, on a fait quelques bals. Très rapidement, on a eu envie d’aller vers la musique improvisée et nos propres chansons avec les textes de Laurent.
Qu’est-ce qui rapproche le jazz et les musiques occitanes ?
LC : Guilhem vient du jazz et il ne faut pas oublier que c’est un style qui a une histoire populaire. Un personnage comme John Coltrane a « poussé les murs » de ce langage  en explorant de nouveaux modes d'expression et en cherchant de nouvelles sonorités. En  jouant une valse ou une bourrée à 3 temps, et même si il y a des contraintes liées  à la danse,  je peux avoir un sentiment de liberté comparable à celle qui existe dans le jazz.
GV : J’ajoute que c’est une sensation qu’on vit en jouant mais également en écoutant, ce qui est lié finalement… Dans toutes les musiques traditionnelles, il y a eu depuis toujours ceux qui s’exprimaient d’une manière totalement libre et d’autres qui se sentaient rassurés (ce qui n’est pas péjoratif !) quand ils pensaient interpréter un air ou une chanson à la manière de... Dans tous les cas, chacun apporte sa couleur personnelle et sans s’en rendre compte forcément !
Photo : Site Sirventés. Création graphique : Laurent Bonneau.
Photo : Site Sirventés. Création graphique : Laurent Bonneau.

Photo : Site Sirventés. Création graphique : Laurent Bonneau.

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Comment s’est réalisé le dernier CD ("Cosmogonia")  de votre duo ?
GV : Le premier « Lenga d’Oliu » est sorti en 2020. Avec la période « Covid », il y a eu du temps avant la sortie de ce deuxième opus. 
LC : J’écris de la poésie en Occitan dans ma vie d’une façon presque quotidienne. De cette façon, je suis nourri forcément de la vie, de l’histoire des gens que je rencontre, de la nature qui m’entoure, mais également de l’existence des révoltes contre toutes formes d’injustice. Dans l’album, je m’accompagne d’un gros tambour appelé la « Bombe du Lauragais ». Ce disque a été enregistré par Guilhem au Studio des 4 vents.
 GV : Laurent me chante ce qu’il a écrit pendant que j’improvise. A partir de là, on construit nos chansons. Quand on joue ensemble, c’est finalement très organique, très simple. Nous sommes des compagnons de route et on  aime bien l’idée de faire une musique avec peu de timbres différents : un tambour, un accordéon et deux voix !  Comme on le disait tout à l’heure, c’est un challenge qui ressemble finalement aux duos ou trios de jazz, pas ou peu d’artifice, que l’essentiel !
Il y a un thème qui n’est pas de nous mais de Charlie Haden « Los Somiaires Podon Somiar » (« La Pasionaria ») sur lequel Laurent a écrit des paroles.
LC : Ce  titre raconte ce qu’il s’est passé en 1936, en Espagne, en juillet, avant que la Guerre Civile éclate. Les idées libertaires avaient le vent en poupe, en particulier en Catalogne. A Barcelone, on avait décidé de boycotter les Jeux Olympiques de Berlin et d’organiser des « Olympiades populaires ». Elles ont été interrompues malheureusement par le soulèvement militaire du général Franco. 
GV : « Cosmogonia » (Récit symbolique de la création du monde suivant les religions ou courants spirituels) est né de la vision fantasmée de Laurent du commencement de la vie vue de chez nous en Occitanie. C’est le seul morceau « produit » avec plusieurs voix et nappes d’accordéon, où il parle plus qu’il  ne chante et qu’on ne joue pas en concert.
                                  
                                     Entretien réalisé à Paris par Frantz-Minh Raimbourg.

 

 

Publié dans Folk

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