Cyrille Aimée.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Entretien  avec la chanteuse à l’occasion de la sortie de son dernier album.
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Photos : Colville Heskey.
Photos : Colville Heskey.

Photos : Colville Heskey.

Cyrille Aimée a grandi du côté de Samois-sur-Seine, un petit village du sud Seine-et-Marne célèbre pour avoir accueilli le guitariste Django Reinhardt pendant les dernières années de sa vie. Ma première relation avec la  musique, c’était à travers la danse. Mon père est français, ma mère est originaire de la  République Dominicaine. Ils ne sont pas musiciens mais ils adoraient danser, organiser des fêtes. A la maison  Il y avait toujours de la Salsa, de la Shatta, du Merengue et la musique était pour moi une manière de communier.
Tous les ans, il y avait le  Festival Django Reinhardt * et il y avait de nombreux manouches qui venaient rendre hommage à ce génie. Je suis devenue amie avec beaucoup d’entre eux. La musique faisant partie de leur vie depuis des générations et parce qu’ils en ont besoin comme l’air qu’ils respirent, cela m’a fascinée. Maintenant que j’habite à la Nouvelle-Orléans, je ressens la même chose.
Progressivement, Cyrille se met à chanter. Elle part vivre en République Dominicaine. Elle est la seule chanteuse de jazz de l’île et donne chaque semaine de  nombreux  concerts. Afin de s’améliorer et de rencontrer d’autres musiciens, elle déménage  à Brooklyn, auxEtats-Unis. J’avais obtenu une bourse et je suis allée dans  une école de jazz où j’étais la seule fille. J’ai beaucoup appris là-bas…
Suite à son premier prix de la compétition vocale du concours Montreux Jazz Festival en Suisse, elle fait paraître son premier disque (« Cyrille Aimée and the Surreal Band ») en 2009. Depuis la chanteuse a sorti une quinzaine d albums enregistrés en live ou en studio. En tant qu’artiste, j’aime bien explorer, prendre de nouvelles directions. Pour ces raisons, chaque nouvel opus est différent. Cela peut aller du Big Band au duo guitare ou piano.
Lors de la pandémie, elle s’installe sur un terrain acheté dans les forêts du Costa Rica et c’est là, dans la jungle, dans la maison qu’elle a conçue et construite toute seule qu’une partie de son nouveau répertoire a été écrit.  
Cyrille Aimée.
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Ce dernier disque a pris plusieurs années à voir le jour (« A fleur de Peau ». Whirlwind Recordings) Il est le plus personnel, le plus intime certainement. Je chante en anglais mais également en français et en espagnol. J’écris depuis longtemps, mais je ne me sentais pas prête pour enregistrer mes propres compositions… Le grand producteur américain Jake Sherman croyait beaucoup en ces chansons et m’a donné la confiance qui me manquait afin qu’elles puissent sortir et trouver un public. Je lui dois beaucoup.  Les titres évoquent la force créatrice féminine, l’importance d’avoir une « communauté » solide autour de soi ou encore la tendresse qu’on doit avoir pour les gens qui nous entourent… Le morceau  «  Inside and out » évoque une expérience personnelle difficile et a été enregistré à New-York avant la période Covid. Maintenant, je considère qu’une nouvelle porte s’est ouverte et j’ai envie d’aller plus loin dans l’écriture.
Et le scat dans tout ça ? Dans ce dernier opus, il y en a partout mais d’une certaine façon. Une fois qu’on avait posé la guitare, la basse et le piano, Jake me disait : « vas-y, scatte sur toute la chanson. Puis en réécoutant, il ajoutait : «  ce que tu as fait là, ce sont les cuivres, les cordes ou bien la clarinette ! » On envoyait ça aux musiciens et finalement, j’avais écrit les arrangements sans m’en rendre compte (sourire).
Autre constante dans l’œuvre de la chanteuse : les reprises. J’adore également reprendre des mélodies qui m’ont marquée. Mais, c’est un  autre travail. Il ne s’agit pas de répéter ce qui a déjà été fait, mais trouver du sens, se poser la question : qu’est-ce que j’aime et qui me donne envie de la réinterpréter à ma façon ? Dans « A fleur de peau », on peut entendre « For the love of you » des Isley Brothers et « Ma Préférence » de Julien Clerc, écrite par Jean-Loup Dabadie.
Sur scène, Cyrille ne veut pas faire uniquement de la promotion. Un concert, c’est comme une histoire, il faut trouver un équilibre entre swing et des balades, les morceaux connus et d’autres qui le sont moins… Et il reste toujours une place pour l’improvisation.
                                      
                                     Entretien réalisé à Paris par Frantz-Minh Raimbourg.

*Créé en 1983, le festival s'est déroulé jusqu'en 2015 à Samois. Depuis 2016, il se tient le dernier week-end de juin dans le parc du château de Fontainebleau.

Publié dans Jazz

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