Debademba.
Depuis quelques années, le duo de choc ivoiro-burkinabé s’est fait une place de choix dans le paysage des musiques africaines. Rencontre avec Abdoulaye Traoré à l’occasion de la sortie d’un troisième opus très attendu.
Abdoulaye est né au Burkina Faso au début des années 1970 : C’est dans ce pays que j’ai passé mon enfance. Ma mère était coiffeuse et mon père joueur de tama. Très jeune, j’ai appris à jouer de ce fameux « tambour parlant » d’Afrique de l’ouest. Plus tard, ce sera la guitare avec ma grande sœur. Il fait son apprentissage des répertoires maliens et burkinabé en se faisant entendre parfois des nuits entières dans les mariages et les fêtes. Influencé autant par le guitariste et cofondateur du Bembeya Jazz Sékou Diabaté que par Djelimady Tounkara ou Paco de Lucia, il accompagnera entre autres le chanteur Seika Barou, le regretté Victor Démé puis le percussionniste Adama Dramé. Il part ensuite à Abidjan où il rejoint les Go de l’Ensemble Kotiba, La Côte d’Ivoire est à ce moment là une terre d’accueil généreuse pour les artistes africains nous explique le musicien. Mais la crise l’oblige à poursuivre sa propre route et il s’installe à Paris en l’an 2000. C’est là, quelques années plus tard qu’il rencontrera Mohamed Toury et ce sera le début de l’aventure Debademba (« la Famille » en bambara).
Mohamed est lui le fils de la célèbre griotte Coumba Kouyate. Il abandonne très vite l’école pour chanter et interpréter des morceaux de Sékouba Bambino, Kandia Kouyaté, Salif Keita mais aussi Tiken Jah Fakoly lors des cérémonies de baptême et autres. Il crée même un groupe, le Watercolour Jazz. Puis, il quitte Abidjan pour rejoindre Bamako et c’est là-bas au Mali qu’il participe à une émission de télévision consacrée aux jeunes talents et dont Oumou Sangare est la marraine. Il fait paraître ensuite un single (« « Zouloukalanani ») qui remporte un beau succès dans toute l’Afrique de l’ouest.
Retour à Belleville : Abdoulaye fréquente la scène afro parisienne. Pendant ces années, il compose ce qui deviendra le répertoire original du duo. Je connaissais la maman de Mohamed, elle évoquait souvent son fils dans nos conversations et me répétait qu’elle aimerait qu’il chante avec moi. Quand il est finalement venu, je lui ai proposé d'interpréter un des titres qu’on retrouve sur le premier album (« SidebeMonebo »). En l’entendant, j’ai su tout de suite qu’elle avait raison…
A partir de ce moment, la guitare flamboyante d’Abdoulaye et la voix incomparable du chanteur se mêlent pour inventer une musique originale, terriblement dansante, où se mélangent afrobeat, highlife, mbalax, traditions mandingues, reflets blues et rock et même flamenco sur des textes parfois nostalgiques qui parlent de l’Afrique ou de l’enfant laissé en Côte d’ivoire…. .
Et comme si cela ne suffisait pas, les deux complices participent dès la première en avril 2010 à l’aventure du « Bal de l’Afrique enchantée » en compagnie de Soro Solo et Vladimir Cagnolari, les deux animateurs de France Inter.
Le premier album paraît en 2011 (« Debademba ». Chapa Blues Records). Fatoumata Diawara est présente sur deux morceaux. Deux ans plus tard, c’est la sortie de « Souleymane », toujours chez Chapa Blues Records, enregistré avec les « Mercenaires de l’ambiance », collègues au sein de l’orchestre du désormais célèbre « Bal ».
Enfin, « Sanikoya », produit par Dankama (Le nouveau label créé par Abdoulaye Traore) arrive dans les bacs en 2017. Les rythmiques nous emmènent à travers une partie du continent, de la Côte d’Ivoire au Cameroun en passant par le nord du Mali et bien sûr le Burkina-Faso. Ben l’Oncle Soul et Malaika Lokua (la fille de Lokua Kanza) accompagnent le musicien et le chanteur sur quelques titres.
Le rôle de chacun est bien défini poursuit le guitariste. Je compose les musiques et je dis à Mohamed quels sont les sujets que j’aimerais voir évoquer, il écrit les textes, on en parle ensuite… Les paroles de ce nouvel opus sont un peu dans la continuité des précédents : elles rappellent les valeurs positives d’une Afrique qui va de l’avant et où on a envie de vivre en paix, elles rendent hommage aux femmes et à certains de nos grands hommes comme Nelson Mandela...
Entretien réalisé par Frantz-Minh Raimbourg.





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