Presque Oui.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Chanteur sensible et guitariste virtuose, Presque Oui alias Thibaud Defever fait partie de ces artistes talentueux dont les mots et les mélodies nous accompagnent depuis longtemps. A l’occasion de la tournée solo des 20 ans et de son Grand Prix de l’Académie Charles-Cros 2017 pour son disque jeune public (« Icibalao »), nous l’avons rencontré pour remonter le fil du temps et commenter l’actualité récente.
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Photos: Franck Loriou.
Photos: Franck Loriou.

Photos: Franck Loriou.

Raconte-nous ton enfance musicale !
Il n’y avait pas de musiciens dans la famille. C’étaient des inspecteurs et des contrôleurs des impôts, des gens qui travaillaient dans l’administration… J’ai d’abord commencé à jouer sur une guitare en carton et puis le jour où ma mère est descendue de notre grenier avec un vrai instrument, je me suis pris de passion pour la musique. Au début, j'apprenais oralement sans partition, entre autres avec une cousine qui m’avait appris quelques accords... Et comme j'ai toujours aimé chanter, j'improvisais dessus des paroles "en yaourt"... C’est arrivé au moment où je passais de l’enfance à l’adolescence, j’étais timide, cela m’a permis de m’exprimer, « d’exister » par rapport aux amis… Plus tard, j’ai  étudié le solfège au Conservatoire de Lille, (J’ai même obtenu une médaille d’or de guitare classique et une autre de guitare jazz…), mais j’ai toujours gardé une envie de pouvoir m’échapper, d’improviser, de sortir d’un cadre trop strict… 
Quelles sont tes influences guitaristiques ?
J’ai beaucoup écouté des interprètes comme Alvaro Pierry, Ida Presti et Alexandre Lagoya. Et puis des Brésiliens comme Baden Powell, Joao Gilberto… Il y a eu deux autres artistes très importants pour moi : Dick Annegarn, sa virtuosité, sa façon de s’accompagner et de chanter  et Gilbert Lafaille pour la douceur dans la voix…
Photos: François DaumeriePhotos: François DaumeriePhotos: François Daumerie

Photos: François Daumerie

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Au départ, Presque Oui était un duo. Comment s’est faite la rencontre avec Marie-Hélène Picard ?
On donnait des cours tous les deux à Armentières (département du Nord) dans une école de musique. Elle participait à des chœurs d’opérettes et s’intéressait au chant en général ... On a eu un vrai coup de foudre humain et musical, une rencontre très forte. Rapidement, on s’est mis à travailler sur des standards de jazz, des chansons de Claude Nougaro, Bourvil, Boris Vian, Bernard Dimey… Dès nos débuts en 1998, on a construit un univers très ludique.  Marie-Hélène a donné une empreinte forte, de la théâtralité à notre duo. On a joué pour des amis, dans le cadre de soirées privées. On nous disait qu’il y avait un son, quelque chose de particulier. Ce sont ces bons retours qui nous ont encouragés à persévérer. Cette période a duré huit ans.
Tu écris depuis longtemps avec Isabelle Haas ?
Notre collaboration a commencé il y a une vingtaine d'années et elle continue encore aujourd'hui. Elle faisait partie de l'association Presque Oui que nous avions fondé afin d'encadrer notre activité. On cherchait des chansons et Isabelle qui écrivait des contes et des nouvelles s'est proposée de nous aider. A partir de son travail, nous avons créé des nouveaux titres. Un des premiers s'appelait "Le petit Pompier", une histoire improbable de Barbe-Bleue féminine... Au début, on produisait tout à deux et puis au fil des années, je suis devenu musicien professionnel et j'ai pris plus de temps pour composer seul une partie des textes. Son regard est toujours autant primordial pour moi, j'estime que nous sommes coauteurs...
Pourquoi ce nom Presque Oui ?
C’est le titre d’un duo entre Mireille et Jean Sablon que nous reprenions. Au début, on devait s’appeler « l’Eau à la Bouche », mais c’était un peu trop connoté Serge Gainsbourg et puis il y avait à l’époque une formation qui s’appelait déjà ainsi !  Le nom de Presque Oui s’est rapidement imposé, cela représentait notre univers, ce que nous étions…
Le premier album (« Sauvez les meubles ») est sorti en 2005 ?
On avait d’abord fait paraître un EP en 2001 (« J’aime pas la dentelle ») puis un autre de 2 titres en 2003 (« Demain j’avoue ») pour annoncer la sortie de l’album. Marie-Hélène a malheureusement fait une récidive de sa maladie, elle a perdu sa voix petit à petit. On s’est demandé s’il fallait tout annuler. Finalement, avec Sostenuto la société de production et tous ceux qui nous entouraient à cette époque, on a cherché un moyen de poursuivre Presque Oui… A partir de ce moment là que je me suis retrouvé à jouer seul. Marie-Hélène me donnait des conseils depuis l’hôpital, elle tenait vraiment à ce que je continue… Un mois avant son décès, j’avais monté un spectacle complet. Malheureusement, elle était trop affaiblie physiquement et elle n’a pas pu le voir…J’ai gardé le nom de notre duo pour moi tout seul, comme un prénom qui porte en lui toute une histoire…
En 2008, c’est la sortie de « Peau Neuve » (Grand prix de l'Autoproduction 2009 décerné par l'Union Nationale des Auteurs et Compositeurs) !
Même s’il a fallu que je masculinise certaines chansons, ce disque est un peu dans la continuité du précédent dans le sens où quelques uns des titres ressemblent à des courts-métrages, des petites pièces de théâtre faites pour s’amuser sur scène… A la même époque, j’ai beaucoup tourné en solo et j’ai reçu « les Bravos des Professionnels » au festival de Montauban.
Le CD suivant « Ma Bande originale » (Coup de cœur de l'Académie Charles Cros et sélection FIP) est sorti en 2011. Il a été réalisé avec le violoncelliste-flûtiste-percussionniste Sylvain Berthe et le multi-instrumentiste d'origine arménienne Abaji. Ce dernier m’a fait évoluer vers une écriture peut-être plus économe en mots et des mélodies plus « pop »..
Photo: Franck Loriou

Photo: Franck Loriou

Photo: David Merle.

Photo: David Merle.

Photo: Pidz.

Photo: Pidz.

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Il y a eu dans le même temps d’autres projets ?
Oui, j’ai chanté en duo avec Laetitia Gallego ou Gaëlle Catrix (respectivement des groupes Luna Soon et Sway). Cela a duré quelques années… Il y a eu un spectacle sur Boby Lapointe en compagnie entre autres de Nicolas Jules et Imbert Imbert. J’ai fait partie d’une petite troupe (avec Anne Sylvestre, Zaza Fournier et d’autres) qui rend hommage à l’œuvre du regretté Roger Riffard.
Parlons du dernier album (« De toute évidence ». 2015) !
Il y a des chansons écrites avec Isabelle et d'autres par moi tout seul. Cet opus parle d'amour, de séparation, de doutes... Il a été bien accueilli, même si je pense qu'il a pu déstabiliser une partie de mon public qui s'attendait à entendre quelques titres plus drôles ! Pour la première fois, j'avais envie d'écrire des choses plus oniriques, plus intimes, mais avec un jeu rythmique (batterie, contrebasse) derrière qui donne de l'énergie !
Et puis il y a ton spectacle "Icibalao" (NDLR: Lire la chronique du CD ci-dessous) qui remporte un beau succès à travers tout l'hexagone !
La création s'est faite en plusieurs temps: les responsables du Théâtre Antoine Vitez à Ivry (Val-de-Marne) sont venus me voir afin de me proposer de créer un spectacle familial avec mes chansons. Le sujet est grave, il s'agit de la perte d'un être cher... J'ai écrit une première version un peu triste de l'histoire mais Sophie Forte (avec qui j'interprète "Presque Nous", une rencontre drôle et tendre autour de la relation amoureuse) et Eric Bouvron ont apporté du rebond et de la fantaisie...
Actuellement, je joue et chante aussi dans "Fantômes", un voyage poétique qui allie textes et musiques avec la comédienne/chanteuse Monique Brun.
                                        Entretien réalisé par Frantz-Minh Raimbourg

 

Illyustration: Lily Luca.

Illyustration: Lily Luca.

ICIBALAO
Thibaud Defever –Presque Oui
17 titres
Association Presque Oui. PO93921.
Thibaud Defever nous convie à l’écoute de son 1er  album jeune public, extrait du spectacle créé en février 2015 au théâtre Antoine Vitez d’Ivry sur Seine. Initié comme un conte musical avec le précieux concours de son amie Sophie Forte, le chanteur nous raconte son amitié avec Nina, sa petite camarade de classe pleine de vie qui l’encourage à surpasser ses peurs et aller de l’avant. Ils vont alors s’aventurer sur le toit d’un immeuble, faire l’école buissonnière, prendre un autobus pour partir dans la forêt… Nina est atteinte d’une maladie incurable et a décidé de croquer la vie à pleine dents plutôt que de se laisser aller à la tristesse. Un jour, elle n’est plus là mais tel un gentil fantôme, elle revient dans les rêves du garçon pour continuer à l’encourager à vivre toutes ses envies, à être heureux tout simplement.
Cette histoire qui parle de la perte d’un être cher, est tout sauf larmoyante. Bien au contraire, les chansons aux textes riches et ciselés nous content l’histoire d’une belle amitié. Les arrangements aux nuances rock mêlant guitare, trombone, batterie rendent à l’ensemble une tonalité énergique et joyeuse.
Un disque riche en émotions et plein d’espérance.
 
                                                     Evelyne Bonhomme

 

Publié dans Chanson Francophone

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