Balade vietnamienne. Partie 3. Huong Thanh.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Huong Thanh aime faire découvrir le patrimoine de son pays à travers différents enregistrements et/ou collaborations artistiques. Elle ose aussi emprunter des chemins moins balisés. Ainsi, elle sort cette année un nouvel opus ("Sài Gon - Saïgon) en compagnie du quintet du vibraphoniste Franck Tortiller.

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Huong Thanh et Franck Tortiller à Ocora Couleurs du monde. (Françoise Degeorges. France Musique. Maison de la Radio). Photo: Frantz-Minh Raimbourg.

Huong Thanh et Franck Tortiller à Ocora Couleurs du monde. (Françoise Degeorges. France Musique. Maison de la Radio). Photo: Frantz-Minh Raimbourg.

Huong Thanh est née à Saigon (Hô Chi Minh-Ville). A partir de huit ans et jusqu'à son départ du Viêtnam au milieu des années 1970, elle apprend à la fois  à la fois l’art du chant traditionnel et du théâtre rénové Cai Luong dont son père Huu Phuoc est un interprète renommé. Elle se produit pour la première fois sur scène dès l’âge de seize ans.

A son arrivée en France, elle continue de collaborer avec des musiciens de son pays pour des associations ou des évènements spéciaux.

En 1995, lors d’une fête où elle donne un tour de chant, elle rencontre le guitariste Nguyên Lê qui cherche une jeune chanteuse. Pendant un peu plus d’une décennie, les deux artistes donneront de nombreux concerts à travers le monde. Cinq disques sortiront sous le label indépendant allemand ACT, avec toujours ce mélange entre le jazz et la voix et avec l’aide de Richard Bona, Paolo Fresu, Renaud Garcia-Fons et beaucoup d’autres…

En 2008, elle fait paraître un album enregistré au Vietnam consacré au Théâtre Cai Luong (Ocora) puis, trois ans plus tard un CD de musique traditionnelle (« l’Arbre aux rêves » 2011. Buda Musique). Pendant le même temps, elle participe à de nombreux festivals prestigieux. Elle constitue un premier groupe en trio (« Asian colors ») composé de la kotoiste japonaise Mieko Miyazaki et du célèbre joueur d’erhu chinois Guo Gan. Actuellement, elle se produit en duo avec le guitariste/harpiste anglais Jason Carter, en trio avec Hong Nguyen et Xuân Vinh Phuoc ou sous la forme d’un quatuor féminin transasiatique avec des instrumentistes venues de Chine, de Corée et du Japon (Camkytiwa, “les Fleurs du Levant”. Buda Musique).

Mais c’est avant tout pour sa  récente collaboration avec le vibraphoniste Franck Tortiller que nous avons voulu une nouvelle fois rencontrer Huong Thanh.

Studio de l'Ermitage. Janvier 2017. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Studio de l'Ermitage. Janvier 2017. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Studio de l'Ermitage. Janvier 2017. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Studio de l'Ermitage. Janvier 2017. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Studio de l'Ermitage. Janvier 2017. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

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Entouré de l’ancien directeur de l’Orchestre National de Jazz (de 2005 à 2008) et des talentueux Bertrand Lajudie (piano), Richard Metairon (Contrebasse), Vincent Tortiller (batterie), Alexandre Herichon (Trompette), la chanteuse propose une nouvelle galette qui mêle jazz et tân nhac, un genre nommé aussi « Musique dorée », né à la fin des années 1930 dans l'ex-Indochine et qui a duré jusqu’au départ des français au milieu des années 1950. C’était un courant qu’on nommait aussi «Nouvelle Chanson vietnamienne ». Les compositeurs de l’époque, influencés par Vincent Scotto, Charles Trenet ou Tino Rossi, se sont émancipés des gammes pentatoniques pour employer la gamme tempérée et les règles de la composition instrumentale européenne nous explique la chanteuse.. Ce répertoire est forcément marqué par la présence des colons, mais trente ans après, on l’écoutait toujours et il est aujourd’hui encore dans la mémoire de beaucoup de mes compatriotes…avec des arrangements peut-être un peu différents. Les paroles évoquent  l’amour, des paysages immuables….

 Après mes albums avec Nguyên Lê et ceux consacrés à la tradition, j’avais envie d’autre chose. A l’adolescence, j’écoutais de la musique traditionnelle mais pas seulement… Il y avait aussi toutes ces œuvres qui passaient à la radio. J’ai choisi des chansons que j’aimais, que j’avais appris pour beaucoup d’entre elles à l’école.

Enregistrer ce disque était un vieux rêve, j’ai eu la chance de rencontrer Franck Tortiller. Je lui ai envoyé des mélodies avec les traductions des paroles. Il en a choisi une dizaine qu’il a arrangé  avec beaucoup de délicatesse et d’inspiration et  on a travaillé 6 mois ensemble.

L’album comprend plusieurs « tubes » de ces années là… Il y a par exemple « Lòng mẹ » (L’amour maternel) ou « Biệt Ly » (La Séparation). « Lang Tôi » (Mon village) est un peu l’équivalent du « Temps des Cerises » pour la France.

La chanteuse a composé et écrit elle-même plusieurs musiques et textes, reliant ainsi sa propre histoire à celle d’une époque révolue. C’est Franck qui m’a encouragé à le faire, j’ai réécouté un grand nombre d’enregistrements et je m’en suis inspiré, cela reste dans l’esprit de ce qui se faisait. S’il y a des changements par rapport aux originaux, c’est peut-être parfois au niveau du tempo…Dans la chanson dite de « variété », c’est l’interprète qui est mise en avant. Dans le jazz, tel qu’on peut l’entendre ici, je dois m’arrêter parfois pour laisser la place aux solistes…

On rêve maintenant d’une suite et de l’entendre reprendre des titres des grands auteurs des années 1960/1970 comme Trịnh Công Sơn ou Phạm Duy.

 

                                      Entretien réalisé par Frantz-Minh Raimbourg

 

                                                       à suivre...

 

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