Des festivals de printemps et d'été (3) - LesTraversées Tatihou. Festival des Musiques du Large. Du 14 au 27 août 2017.
« Les Traversées Tatihou » n’est décidément pas un festival comme les autres. Il y a d’abord les lieux insolites et magiques situés tout au bout de la péninsule du Cotentin : le petit port de Saint-Vaast-la-Hougue et l’île Tatihou, distante de deux kilomètres, sublime petit bout de terre accessible par la grève à certains moments de la journée.
Et puis il y a la programmation exigeante, de qualité, riche en découvertes des traditions musicales des pays et des régions maritimes.. Enfin, il y a cette ambiance unique, chaleureuse, humaine, loin des « gros évènements » qui peuplent l’hexagone pendant l’été. Une invitation au voyage hors du commun en partie due aux nombreux bénévoles qui savent allier gentillesse et disponibilité afin de rendre ces journées encore plus agréables et accessibles.
Les arrivées sur l'île et les retours après les concerts. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
L’évènement créé par le Conseil Départemental de la Manche s’est agrandi au fil des années. L’été dernier, outre les concerts sur les deux lieux, elle proposait aussi une scène « Avis aux amateurs », des conférences/rencontres animées par le journaliste Franck Tenaille avec certains artistes programmés, des séances de cinéma (NDLR : lire l’article d’Evelyne Bonhomme ci-dessous), une exposition autour de l’harmonica, des spectacles et bals pour les familles (dans le cadre du chapiteau à quai ou dans le « Village », espace d’échanges imaginé par le scénographe Jean-Marc Bernard), des ateliers et stages de pratiques artistiques et un « Tatihou Tour » décentralisé sur le territoire du Val de Saire (14 et 16 août) avec entre autres les chants méditerranéens et balkaniques de Maria Mazzotta et Redi Hasa et les belles voix du groupe Ialma.
Marcheurs, passionnés et simples curieux se sont retrouvés pour découvrir têtes d’affiches, valeurs montantes et formations moins connues. On citera CharlElie Couture, les Irlandais d’Altan, le Malien Abou Diarra, l’incroyable duo composé de l’harmoniciste néo-zélandais Brendan Power et du multi-instrumentiste anglais Tim Edey…et différents ensembles dont c’était le premier concert en France comme le Trio The Nordic Fiddlers (Norvège, Suède, Îles Shetland) ou le Quintet Daga Dana qui rassemble des musiciens venus d’Ukraine, de Pologne et de Chine.
CharlElie Couture, Mairéad Ni Mhaonaigh du groupe Altan, Abou Diarra et Vincent Bucher, Brendan Power et Tim Edey. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Cette édition, la première pour Laurence Loyer-Camebourg (qui succède en tant que directrice à Gérard Viel) a également tenu à rendre hommage aux voix féminines engagées en invitant la Tunisienne Emel Mathlouti, l’Amérindienne Pura Fé (avec son groupe ou en trio avec Ulali Project) et la lumineuse Leyla McCalla.
Emel Mathlouthi, Pura Fé. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Plusieurs créations sont venues enrichir la manifestation : les rencontres réussies entre le griot sénégalais Ablaye Cissoko et les latinos de la Gallery Social Club ou encore celle de l’accordéoniste Sébastien Bertrand avec l’Orchestre Régional de Normandie.
Enfin, ce 23ème anniversaire aura été marqué par une soirée électro-trad (avec les jeunes irlandais de Moxie et le musicien/DJ H.A.T) et la désormais mythique « Nuit de Bals sur l’île » (La Machine, Plantec, le Bal de l’Afrique enchantée), couronné par un retour à pieds à marée basse à partir de 6 h30 du matin !
Les Traversées Tatihou : des musiques traditionnelles qui bougent, inventent et jouées ici dans un cadre idéal.
Frantz-Minh Raimbourg
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No Land’s Song. Le Film.
En marge des concerts donnés sur le port de Saint Vaast la Hougue et sur l’île de Tatihou, différentes manifestations ont eu lieu dans les communes environnantes.
Le cinéma indépendant de Réville a projeté devant une salle comble le film « No Land’s Song », réalisé par le jeune réalisateur iranien Ayat Najafi en 2014. Il met en scène sa sœur, la compositrice Sara Najafi. Un tournage qui a duré deux ans et parfois en caméra cachée.
Celle-ci, avec le soutien de deux amies chanteuses Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi décide de braver la censure afin d’organiser un concert à Téhéran. Pour cela, Sara, désireuse de créer un pont culturel entre la France et l’Iran invite à venir chanter avec elle deux artistes françaises, Jeanne Cherhal et Elise Caron mais aussi Emel Mathlouti dont la voix lumineuse incarne la résistance avec le titre « Kelmti Horra » (Ma parole est libre) devenu l’Hymne du Printemps Arabe en 2011.
En Iran, depuis la révolution islamique de 1979, les femmes subissent la répression au quotidien et n’ont plus le droit de chanter en soliste notamment devant un public masculin.
Courageuse et déterminée, elle va tout faire pour obtenir les droits d’entrée dans le pays pour les chanteuses étrangères et leurs musiciens et ainsi défier la loi imposée par la charia. Entre rires et émotions, découragement et obstination, le film raconte son combat incertain et nous interroge sur la réalité que vivent encore aujourd’hui à l’aube du XXIe siècle les femmes dans nombre de pays dans le monde. Le concert aura-t-il lieu… ? Un document essentiel, instructif et porteur d’espoir. Le défi de l’art contre l’obscurantisme.
Rappelons qu’en avant première du festival, dans le cadre du Tatihou Tour, le film de Leyla Bouzi « A peine, j’ouvre les yeux » a été également diffusé, cette fois au Fort de la Hougue. Un portrait captivant de la jeunesse tunisienne ayant obtenu le Prix du public et Label Europa Cinéma du Meilleur Film Européen à la Mostra de Venise 2015.
Evelyne Bonhomme
