Racontez-nous votre "enfance musicale" ?
Je suis née à Hargeisa, la capitale de notre République située au nord-est de la Somalie.
Nous sommes de la tribu Issak, constituée essentiellement de commerçants.
La musique, la poésie a toujours eu beaucoup d'importance dans ma famille. Mon grand-père maternel était une sorte d’auteur-compositeur. Les gens venaient parfois de très loin pour le voir et lui demander des chansons qu’il écrivait et composait sur place.
J'ai commencé à interpréter le répertoire hérité de mes ancêtres depuis l'âge de 13 ans.
Mes parents avaient une mauvaise image des femmes musiciennes. Malgré leur désapprobation, j’ai participé à différentes formations et à des comédies musicales dans ma région puis dans tout le pays.
En 1988, la guerre a éclaté ?
Je me suis engagé et je suis parti pendant quatre longues années au côté des soldats luttant pour l'indépendance de mon pays.
Je suis devenue infirmière de campagne et j'ai chanté pour adoucir les souffrances des blessés. C'est à ce moment là qu'une radio indépendantiste m'a surnommé "Sahra la Combattante" (Sahra Halgan).
Un peu plus tard,vous quittez votre pays pour venir en France ?
Oui, j'étais réfugiée politique. Je me suis installée à Lyon en 1992. J’ai continué de me produire un peu partout dans le monde pour la diaspora somalilandaise.
J'ai d'abord collaboré avec le guitariste/percussionniste Togolais Peter Solo. Un album est paru en 2009 (Somaliland. Athos Productions).
Aujourd’hui, vous revenez sous la forme d’un trio en compagnie du percussionniste Aymeric Krol et du compositeur/guitariste Maël Salètes ?
Entre nous, cela se déroule d’une manière naturelle, il y a un esprit d’échange, un respect réciproque. Ensemble, nous avons fait un film qui raconte l’histoire de mon pays. On peut le retrouver sur le DVD qui accompagne le disque.
Vous continuez de vous engager ?
Au Somaliland, la femme est respectée, elle peut jouer un rôle très actif. Nous avions un grand théâtre, malheureusement il a été détruit. J’ai créé un Centre culturel qui se nomme en français « Garde la culture ».
Et l’album?
On a commencé à le réaliser en 2013 avant mon voyage de retour.
Certains titres viennent de la tradition, d’autres sont des compositions originales qui évoquent les paysages, l’exil mais aussi la vie quotidienne et l’amour. La musique souvent intimiste, peut parfois être très rythmée et génératrice de transe.
Dans notre culture, les chansons servent d’intermédiaire entre deux personnes. Par exemple, on ne dira jamais « Je t’aime » ou « Vas-t’en ! » à quelqu’un, mais on lui fera comprendre par la poésie du texte. C’est une façon d’échanger, de communiquer.
Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg.
(*NDLR : A ce jour, son indépendance autoproclamée sur la Somalie en mai 1991 et sa Constitution du 30 avril 2000 ne sont pas reconnues par la communauté internationale.).