Franck Tortiller.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Entretien avec le vibraphoniste, auteur et compositeur de jazz à l’occasion de la sortie de son dernier album, «Back to Heaven – Led Zeppelin Chapter II » (MCO/Socadisc-Believe)

 

Photo Thierry Dubuc.

Photo Thierry Dubuc.

Photo : Laure Villain.

Photo : Laure Villain.

Raconte-nous ta jeunesse musicale !
Je suis né au début des années 1960 en Bourgogne à Saint Léger-sur-Dheune dans une famille de vignerons. Mon père avait une passion pour le jazz et mes parents étaient musiciens amateurs,  ils jouaient dans des Harmonies et des orchestres de bals. J’ai baigné dans cet univers. A 12 ans, pour ma première communion, j’ai eu deux cadeaux : un cendrier ( ! ) et deux disques, un de Max Roach/Clifford Brown et un de Lionel Hampton. Ma vocation musicale a débuté à ce moment là, d’abord par la batterie avec mon père dans les bals de notre région, puis par des études de percussions classiques, d’abord à Dijon, ensuite au Conservatoire National Supérieur de Paris. Parallèlement, je me suis dirigé vers la musique qui avait bercé mon enfance. En 1989, j’ai remporté le Premier Prix de soliste et le Premier Prix d’orchestre (sous le nom de « Trio à boum » avec  Yves Rousseau et Pierre Guignon) à l’occasion du Concours National de Jazz de La Défense.
Pourquoi avoir choisi le vibraphone ?
J’ai une anecdote très précise à ce sujet. A l’adolescence, j’ai reçu un album de l’auteur-compositeur-interprète américain Michael Franks. Il y avait une chanson « Tiger in the rain » avec un magnifique solo de vibraphone joué par Mike Manieri. Cela m’a bouleversé, ce fut  comme une révélation…
Que s’est-il passé ensuite ?
Depuis ces années là, Il y a eu de nombreux projets personnels, en solo, avec différents orchestres (le Onztet de Patrice Caratini entre autres…), des chanteurs de France (Juliette Greco, Sanseverino, Arthur H, Enzo Enzo) et d’ailleurs (la Vietnamienne Huong Thanh). J’ai également consacré pas mal de mon temps à l’écriture et j’ai signé des compositions pour Radio France, des scènes nationales et quelques grands évènements artistiques. En 1986, j’ai fondé le festival « Jazz à Couches » qui va fêter sa 35ème édition …
Y a-t-il eu d’autres musiciens qui ont eu une influence sur ta carrière ?
Ce qui m’a toujours interrogé, c’est le foisonnement artistique, culturel et politique qu’on pouvait trouver dans les années 1970. C’est sans doute pour cela que j’ai voulu rendre hommage plus tard entre autres à Franck Zappa (« Shut Up 'N Sing Yer Zappa ». Label MCO), à Janis Joplin (« Janis the pearl ». Label MCO) et bien sûr à Led Zeppelin.
Dans les années 1980, tu as été contacté par Mathias Rüegg pour intégrer le Vienna Art Orchestra ?
J’ai été un des solistes du VAO pendant une dizaine d’années. Ce fut une période charnière de ma vie de musicien,  il y a eu des collaborations avec des artistes comme Billy Cobham, Betty Carter, Shirley Horn, Helen Merril… J’ai pu « de l’intérieur » me rendre compte de ce qu’était l’esprit d’une grande formation, de ce qu’il fallait faire et surtout de ce qu’il ne fallait pas faire ! Cela m’a beaucoup aidé plus tard quand j’ai eu la chance de devenir directeur musical de l’ONJ.
Franck Tortiller.
Justement, parlons-en de cette période  « Orchestre National de jazz » !
J’ai dirigé l’ONJ en tant que « directeur musical » de 2005 à 2008. On était élu sur un projet précis et également sur un orchestre proposé entièrement par nos soins. J’avais choisi des musiciens de ma génération avec qui j’avais collaboré depuis très longtemps, je citerai entre autres Patrice Héral, David Pouradier Duteil, Eric Séva, Jean-Louis Pommier et d’autres…
C’est au sein de cette formation qu’on a fait paraître un premier album « Close To Heaven – A Tribute to Led Zeppelin » qui s’est vendu à 25 000 exemplaires, ce qui était un record dans l’histoire phonographique de l’ONJ. C’était un disque très jazz acoustique que j’ai voulu  créatif, avec les mêmes chansons, les mêmes trames harmoniques, mais volontairement sans guitare, ni voix et avec deux vibraphonistes, des claviers et des cuivres.  
Photo : Jacques Thamée.

Photo : Jacques Thamée.

Franck Tortiller.
Et en 2022, c’est « Back to Heaven – Led Zeppelin chapter II » (Label MCO) !
On m’en parlait beaucoup et c’est une idée que j’avais depuis longtemps en tête, mais je n’avais pas encore trouvé le temps de la réaliser. Les choses sont venues naturellement l’été dernier en 2021 et on a enregistré le disque à l’automne. L’œuvre de Led Zeppelin est constituée de différentes esthétiques. Il y a bien sûr le côté rock et blues, le folk (anglais) également dans certains titres joués avec des instruments acoustiques. Et puis, il ne faut pas oublier l’aspect improvisation qui est très important et qu’on retrouvera sur scène.  Dans ce nouvel opus dont j’ai écris les arrangements, il y a des choses très écrites et d’autres plus « ouvertes »… Je retrouve Patrice Héral (batterie, voix et éléctronic) et je joue avec de jeunes musicien/ne/s, pour la plupart trentenaires que j’avais déjà rencontré dans différents projets… Ils ont une vision de ce répertoire différente de la nôtre, peut-être moins romantique, ce qui n’est absolument pas péjoratif ! Pour eux, « Back to Heaven » est un « matériel musical » dans lequel on peut évoluer, ce sont en quelque sorte des individualités au service d’un projet commun … Ensemble, on a beaucoup travaillé sur les rythmiques, on a essayé d’intégrer tout ce qui fait le son du jazz actuel, avec cette fois une voix, celle de Patrice plus évocatrice que chantante et qui sonne comme un instrument.
                                        Entretien réalisé à Paris par Frantz-Minh Raimbourg.

 

Publié dans Jazz

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