Pierre Bensusan.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Propos recueillis par Jean-Pascal Assailly
 
Avec la sortie de son nouveau disque « Azwan », et son retour prochain sur scène après l’interruption de la pandémie, l’occasion était toute trouvée pour faire le point avec Pierre sur son actualité.
Photos: Christian Taillemite.
Photos: Christian Taillemite.

Photos: Christian Taillemite.

Comment se sont passées ces périodes de confinement pour toi ?
« Aswan » est sorti l’année dernière aux Etats-Unis et je devais faire une tournée mondiale avec la sortie du livre de partitions chez Hal Leonard. J’étais aux USA avec mon camion, mes instruments, mes CD, mes livres et …au bout du 4ème concert américain, la situation devenait intenable, l’épidémie s’est développée et la panique encore plus, mes concerts étaient annulés, donc je suis rentré en France…
Je me suis isolé dans ma maison, et j’ai retrouvé énormément de temps pour écrire, jouer, apprendre  mes nouveaux morceaux, ce qui n’est pas forcément évident d’habitude.
Cette rupture dans nos vies, je l’ai très bien vécu parce que j’ai gardé à l’esprit mon public, les gens qui aiment ma musique. Je vis dans une maison à la campagne et on est finalement toujours un peu confiné ! Sur le plan financier, j’ai été étonné : il y a eu la vente de mes différents opus, des gens m’ont prêté de l’argent, j’ai même eu des donations, beaucoup de soutiens... Je n’étais pas intermittent depuis 25 ans, j’étais auto-entrepreneur, mais je vais revenir au statut cette année car j’aurai mes 43 cachets !
Que veux-tu dire par là, puisque la musique est ton métier ?
Il faut arrêter les idées toutes faites sur les musiciens pro ! Pour beaucoup d’entre nous, on est multitâche. Il y a le secrétariat, le management… On ne fait pas tout le temps de la musique ! On est très souvent sur la route, on passe des heures à voyager, on est dans l’excitation du concert… Et le temps manque pour composer. Mais la scène est d’autant plus importante que les gens n’achètent plus de disques aujourd’hui. Ils vont sur les plateformes de streaming. Il n’y a que lorsqu’ils te voient en direct qu’ils viennent t’acheter un CD ou un vinyle, et là, cela devient quasiment un acte militant !  Le rapport entre l’artiste et le public a été bouleversé, il est plus direct. Sortir un album sur un label, c’est devenu de la vieille école aujourd’hui et c’est pour cette raison que beaucoup ont du mal à survivre !
Photo pochette CD: Christian Taillemite.

Photo pochette CD: Christian Taillemite.

Parle nous maintenant de « Azwan » !
Comme tout ce que j’ai fait auparavant, c’est un jalon ! En fait, j’ai deux casquettes, compositeur et interprète. Si tu es les deux, il faut beaucoup de temps … Je compose des choses que j’ai envie d’entendre, de partager, et l’interprétation se fait ensuite dans la durée. C’est là que la musique commence ; il faut comme on dit « donner du temps au temps », on ne peut pas aller « plus vite que la musique » … L’idéal serait de jouer les nouveaux titres en live, mais pas immédiatement, afin qu’ils aient le temps de mûrir.
Azwan j’ai inventé ce mot, il sonne phonétiquement, comme As one, l’unité, mais j’ai préféré que ce soit comme un prénom. La gestation a commencé en 2015, 2016. Je l’ai enregistré en 2019 et fini en 2020. J’ai été aidé par le guitariste Jean-Marie Ecay qui l’a coproduit.
Il y a deux compositions qui sont dans l’ambiance irlandaise : « Return to Ireland » est un morceau créé dans le ferry Le Havre-Rosslare en 1979 ! Je l’ai toujours joué, puis écrit mes improvisations, je l’ai fouillé, cartographié ! La musique m’a dit « joue le autrement » ! « Portnoo » est un autre air « irlandisant », écrit plus récemment. Il évoque un petit port du Donegal.
Pour les autres, c’est une reconnaissance de mes voyages et de mon vocabulaire musical, de mes  multiples influences, en particulier latino et nord-américaine.
Photo: Desmond Wenghe.

Photo: Desmond Wenghe.

Retournes-tu toujours en Irlande ?
Oui bien sûr, de temps en temps, pour des vacances ou pour voir Georges Lowden (le luthier de mes guitares), qui habite en Irlande du Nord, à côté de Downpatrick ; c’est aussi beau que le Sud ! Depuis que je viens jouer dans ce pays, j’ai toujours aimé leur ouverture, même quand tu joues autre chose que de l’irlandais.
Joues-tu toujours tout dans l’accordage en DADGAD (RE LA RE SOL LA RE) sur ce disque ?
Oui tout le temps… Sauf pour descendre la basse de ré en do quand je veux un son plus grave, comme pour « Manitowoc » qui clôt le disque.  DADGAD est un accord natif, ce n’est pas de l’agrément, c’est devenu mon accordage standard ! C’est l’ADN de la guitare pour moi, je ne mets même plus de capo maintenant. Il faut connaitre son manche pour aller vers la liberté, la musique doit être en toi, pas dans l’instrument. Cela peut créer des étirements difficiles ou au contraire faciliter la position des doigts.
A l’inverse de Joni Mitchell qui parfois créait un accordage différent par chanson ? !!
Joni Mitchell c’est ma mère adoptive, c’est une peintre, elle colorie, elle veut tout de suite créer un tableau. J’ai une démarche différente.
Alors, Bensusan, guitariste, chanteur, guitariste-chanteur ?
J’aime chanter et c’est pour moi une nécessité. C’est très pratique en particulier lorsque ma guitare n’arrive pas à transcrire ce que j’ai dans la tête ! L’album « Intuite » est le seul de ma carrière qui soit uniquement instrumental, c’est sans doute pour cela qu’il est le préféré de certains (rires) !
Des projets ?
Oui, des tournées en France et en Italie, puis aux USA en 2022, mais je vais moins bouger qu’avant. Quand on passe sa vie sur la route, et c’est encore plus vrai pour les groupes car ils ont besoin de plus de budget, tu te poses des questions. Comme je le disais déjà, cette pandémie a été dans un certain sens très utile, là on a eu enfin du recul. La pression qu’apporte la scène est importante, mais il n’en faut pas tout le temps…C’est salutaire pour la créativité, mais au-delà d’un certain seuil ça devient négatif, il faut rester sur le chemin de crête …
En 2023, à l’Espace Pierre Mendès-France de Poitiers, je dois écrire la musique pour un jardin, elle sera diffusée en permanence dans ce lieu. Là, je dois rester chez moi pour ça ! Et je vais organiser un festival en 2024 sur le thème de la lutherie.

Publié dans Folk

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