Denez (Prigent) 2021

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Entretien avec le chanteur de Bretagne à l’occasion de la sortie de son dernier opus « Stur An Avel », paru il y a quelques mois.

Photos: Emmanuel Pain.
Photos: Emmanuel Pain.

Photos: Emmanuel Pain.

Notre dernier entretien remonte à 2018 !
C’était au moment de la sortie de mon huitième album  « Mil hent -Mille Chemin ». Depuis, j’ai fait paraître un recueil de poésies en langue bretonne traduites en français (éditions Skol Vreizh), un disque  live (« Denez Teknoz Projekt ») enregistré  à Yaouank - le plus grand fest-noz de Bretagne. Il y  a eu la sortie du roman pour la jeunesse "Ôwen et les Sept Cauchemars" co-écrit avec mon épouse ainsi que le recueil "100 blagues bigoudènes et léonardes dont une gratuite" illustré par le dessinateur Nono. J’ai collaboré également au livre "Arbres et forêts de Bretagne" (les trois derniers aux éditions Ouest-France).
Dessin: Denez

Dessin: Denez

Votre dernier opus se nomme «  "Stur an avel" (Le Gouvernail du Vent). Pourquoi ce titre ?
C’est un peu une métaphore de nos vies. Je me suis aperçu que les évènements qui traversent nos existences depuis l’enfance jusqu’à un âge plus avancé ont un sens en commun, rien n’est dû au hasard. Chaque être vivant sur terre a « une mission », un rôle important à jouer, qu’on soit connu ou plus humble,  et c’est ce que j’appelle « le Gouvernail du vent ».
L’album précédent était un peu une forme de synthèse, de rétrospective de votre parcours musical ?
 Là, je suis reparti pour un nouveau voyage… Au départ, je m’enregistre seul a cappella sur un bourdon, ceci pour garder l’essence même du chant. J’envoie les titres aux musiciens qui posent leurs instruments dessus, d’abord tout ce qui est rythmique puis selon le récit, on y insère des ponts musicaux, on y ajoute des couleurs, on « les habille » de plus en plus… Les arrangements sont collectifs sous ma direction artistique. La réalisation se fait ensuite dans le studio « le Chausson » à Plestin-les-Grèves avec Nicolas Rouvière qui fait aussi mon son de scène. Deux titres («Kantreadenn », « Gant ar red ») ont été réalisés à distance avec Yann Tiersen et son épouse Emilie Quinquis qui ont travaillé chez eux sur l’île d’Ouessant où ils habitent.
Cette fois, il y a un bandonéon (joué par Jean-Baptiste Henry), une trompette à quatre pistons et un bugle (Youn Kamm) que je n’avais jusqu’à présent jamais utilisé pour appuyer ma voix. A chaque fois c’est une nouvelle découverte. Il y a aussi des sons électroniques issus de logiciels récents et qui donnent de nouvelles couleurs aux compositions.
Les musiciens sont en partie les mêmes : Cyrille Bonneau aux instruments à vent (duduk arménien, saxophone soprano, bombarde, binioù kozh, cornemuse écossaise, veuze), Jonathan Dour aux cordes frottées (violon, alto, violoncelle), Maëlle Vallet (canun turc). Je n’oublie pas les Frères Guichen (guitare acoustique et accordéon diatonique), James Digger (machines et claviers), Ronan Le bars (uilleann pipe, wisthle), Antoine lahay (guitares), Frédéric Lucas (basse), Aymeric Le Martelod (synthétiseur). Il y a quelques invités comme le bagad d’Auray (Kevrenn Alre), le plus ancien de Bretagne, les chanteuses Aziliz manrow et le rappeur Oxmo Puccino.
Comment s’est fait le choix des titres ?
Dans mon ordinateur, j’ai un fichier avec tous mes écrits et un autre avec toutes mes mélodies. Très souvent, quand je commence un nouveau disque, je commence d’abord à regarder mes textes, certains sont destinés à une littérature écrite, d’autres plus pour  l’oral… Après en avoir sélectionné certains, je vais voir mon fichier musical. C’est assez étonnant, mais je n’ai finalement pas besoin de beaucoup chercher, très souvent les paroles et musiques semblent « aimantées » les unes avec les autres… Je procède de cette façon là depuis longtemps et ça fonctionne plutôt bien. La seule difficulté éventuelle, c’est lorsque j’ai une gwerz de 60 à 80 couplets ! Là, c’est difficile de la chanter intégralement. Je sélectionne un extrait de 8 à 10 couplets qui soit suffisamment compréhensible pour en faire un chant. Je tiens malgré tout à mettre l’intégralité des paroles dans le livret, comme par exemple le titre « Gwerz Montségur » dédié à la mémoire des Cathares.
Comme dans l’album précédent, vous avez réalisé les illustrations du livret ?
Je suis devenu un peu chanteur par hasard. Ma première passion était le dessin,  j’ai même suivi une formation d’Arts plastiques à Rennes. Pour le CD précédent,  Nicolas Rouvière m’a proposé de mettre une de mes illustrations. Cela a bien plu… Pour « Stur An Avel », la couverture représente un bateau réalisé au stylo à bille…
Photo: Emmanuel Pain.

Photo: Emmanuel Pain.

Et la Scène ?
C’est essentiel et cela nous a beaucoup manqué pendant les périodes de confinement. J’ai commencé la musique en me produisant devant un public, notamment à mes débuts en chantant dans les fest-noz, c’est mon école. C’est là que j’ai mûri mon chant. Le concert, c’est une veillée moderne, un lieu de communion et d’humanité…
                                      Entretien réalisé par Frantz-Minh Raimbourg

Publié dans Folk

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