Mathias « El Mati" Berchadsky.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Entretien avec le guitariste français de Flamenco à l’occasion de la sortie de son deuxième album "Manifiesta".
Photo : Bastien Burger.

Photo : Bastien Burger.

Mathias Berchadsky est né au sein d’une famille d’artistes. Son père est comédien, sa mère est peintre. J’ai passé mon enfance à la Baule, il y avait souvent des artistes qui passaient à la maison. Ses premiers souvenirs musicaux sont Van Halen, Kiss ou encore la musique du film E.T par John Williams.
A l’âge de 12 ans, il commence l’apprentissage de la guitare par le blues et le jazz. Pendant une dizaine d’années, j’ai pris des cours avec des professeurs particuliers. J’ai fondé mon premier quintet de jazz à la Baule  à l’âge de 17/18 ans. Ensuite, je suis parti au CMCN (Music Academy International) à Nancy où j’ai étudié également l’arrangement et la composition. Son  diplôme en poche, (avec Mention Spéciale à l’unanimité) il s’installe à Paris et s’intéresse à d’autres musiques. Il y a un tel brassage de populations dans la capitale que j’ai rencontré des musiciens  de différents styles, que ce soit le jazz manouche, le musette, le tango argentin et tant d’autres... Pendant cette période, j’ai beaucoup écouté et étudié. J’ai formé un groupe (guitare, accordéon, contrebasse, batterie) qui s’essayait à un répertoire des musiques de Paris. Progressivement, j’ai délaissé la guitare électrique pour l’acoustique nylon. Pour moi, le contact est plus organique, plus proche de ce que je recherchais nous explique le musicien.
En 1998, il rencontre un gitan aux Saintes-Maries de la Mer qui lui apprend les bases du flamenco. C’est la révélation ! Quelques mois après, je suis parti pour la première fois à Séville. C’est ce qui m’a décidé à m’engager dans la voie flamenca. Soucieux d’apprendre les traditions de cette musique, il multiplie les voyages à Séville et à Grenade où il continue d’apprendre aux côtés de nombreux guitaristes ; Miguel Ochando, Eduardo Rebollar, Paco et Miguel Angel Cortès, Niño de Pura, ... Il obtient le Diplôme (avec mention) de la Fundación Christina Heeren (Séville).
Il travaille avec de grands noms du flamenco (chant et danse) comme La Farruca, Alejandro Granados, El Pipa et beaucoup d’autres... Dans le même temps, il travaille et enregistre en studio, en France et à New York avec de nombreux artistes issus du jazz (Pierre Bertrand, Louis Winsberg,…), de la musique classique, de la « World music » (Minino Garay, Bévinda,…) ou de la chanson (la Tordue,…). Passionné de composition, il écrit pour la télévision et le cinéma, participe également à l’enregistrement de nombreuses musiques de film. et compose pour de nombreuses compagnies de flamenco en France, au Canada et enEspagne.
Son premier disque sort en 2010 (« Cantos del posible ») et reçoit un bel accueil critique. Les titres ont été composé entre 2006 et 2010 et enregistré en Andalousie, à Séville. Mathias est accompagné de la fine fleur de la nouvelle génération des chanteurs Flamencos: Pedro el Granaíno, Rocio Marquez et Encarna Anillo.
Il devient ensuite transcripteur pour une librairie en ligne pendant 3 ans et enseignant  (CMDL, CNR d’Orléans, etc.).  Accompagnateur renommé, il continue également de se produire régulièrement à travers la planète avec de nombreuses formations.
Photo : Christian Bamale.

Photo : Christian Bamale.

  Mathias  « El Mati" Berchadsky.
Le nouvel album (« Manifiesta »)  a été composé entre 2016 et 2020. Les maquettes ont été faites à la maison et le disque a été réalisé entre janvier et juin 2020 en Inde (Chennai, capitale de l’État du Tamil Nadu), à Algéciras et Séville (Espagne) et en France (Brissac Quincé et Drancy).
Ce nouvel opus est toujours centré sur le flamenco. Trois titres sont d’ailleurs dédiés à des artistes phares de ce style : Paco de Lucia, de Sabicas et de Melchior de Marchena, Sur l’ alegrias « Djebel Musa », j’ai  invité la chanteuse Alicia Carrasco ainsi que Christian de Moret sur la seguyria. Je me suis également  nourri de mes expériences passées, de mes voyages, de mes nombreuses influences musicales. Je suis accompagné cette fois de percussionnistes indiens. Je m’intéresse à la musique de ce pays  depuis presque 30 ans, en particulier à celle du sud, carnatique, plus proche de la musique occidentale que celle du nord, en ce qui concerne entre autres la structure et l’approche rythmique plus métronomique.
Quand on lui demande pourquoi cette passion pour le flamenco, Mathias nous répond : il y a plusieurs raisons. Au départ, c’est certainement sentimental : mon premier voyage en Andalousie était également ma première sortie hors de France. Ce moment a été déterminant pour la suite de ma vie et de ma carrière. Et puis le Flamenco, ce n’est pas seulement une musique mais aussi une culture traditionnelle. Enfin, il y a l’importance et la richesse de mon instrument, la guitare dans cette musique. Elle a un rôle de cadrage du chant et de la danse  qui demande beaucoup de qualités d’écoute et d’observation très particulières. C’est donc à chaque fois un vrai challenge qui me permet de progresser. Mais, je ne suis ni andalou, ni gitan ajoute le compositeur et même si j’ai passé de nombreuses années à étudier et analysé le flamenco, sur place ou ailleurs avec beaucoup de respect pour ses formes, je me sens « libre » d’aller au-delà pour apporter ma propre pierre à l’édifice.
Et ces périodes de confinement ? Malgré toutes les contraintes,  j’ai pu réaliser ce deuxième disque « Manifiesta », un bel objet dont je suis fier et qui a demandé un long travail d’écriture et de réalisation. Pour les concerts, on verra plus tard, j’espère que ce sera bientôt, le contact avec le public est essentiel et cela nous manque d’une façon évidente.
                   
                      Entretien réalisé par  téléphone par Frantz-Minh Raimbourg en février 2021.

 

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