Vindotalé.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Entretien avec le duo électro-rock-trad de Bretagne à l’occasion de la sortie de leur premier album.
Vindotalé (Bleunwenn et Gwenole Lahalle) (Photo : Myriam Jegat)

Vindotalé (Bleunwenn et Gwenole Lahalle) (Photo : Myriam Jegat)

Racontez-nous votre parcours musical !
Bleunwenn : Mon père était un militant de la cause bretonne depuis sa jeunesse et l’univers musical celte a toujours été très présent dans ma vie. Mais je viens d’une famille de mélomanes qui écoutait des genres très différents,  du classique au jazz en passant par le rock et des musiques traditionnelles d’un peu partout. J’ai commencé par apprendre le piano à 15 ans, puis je me suis consacrée assez tardivement au chant, d’abord et entre autres dans le cadre de chorales puis en prenant des cours. Je me suis également initiée à la danse bretonne, depuis mon enfance au sein de la Kerlenn Pondi puis de la Kevrenn Alré. Parallèlement à mes études littéraires, j’ai fait partie d’un opéra-rock (« Strinkadenn Ys ») et de plusieurs groupes folk-rock celtiques comme Glaz, Kad, Belshama.
Au début des années 2000, je suis devenue professionnelle. J’ai participé à certains disques de Dan Ar Braz (« A Toi et Ceux »), Carlos Nùnez ("Un Galicien en Bretagne") et bien sûr Tri Yann (« Le Pélégrin ») avec qui je suis partie en tournée pendant une année. Dans un registre classique-lyrique, j’ai chanté avec le Choeur de l'Opéra de Rennes et l’Orchestre des Jeunes de Méditerranée.
Gwenole Lahalle : Mon identité culturelle bretonne s’est affirmée avec les disques de Tri Yann, Alan Stivell ou Gilles Servat que je pouvais entendre à la maison. Il n’y avait pas de musiciens dans la famille. Mon père était marin et ma mère chantait pour le plaisir. La découverte de la guitare électrique a été une vraie révélation. J’ai commencé à en jouer à 12 ans puis je me suis rapidement mis à composer, à chanter et à faire de la scène, entre autres avec Tan Flam.
Plus tard, je suis devenu ingénieur du son et j’ai travaillé dans le cadre de nombreuses manifestations (citons le Festival de Cornouailles, les Transmusicales, les Vieilles Charrues,…) avec des formations et artistes comme Carré Manchot, Annie Ebrel, Yann Fanch Kemener, Hamon Martin Quintet, mais aussi Sylvain Giro, Gérard Delahaye, Julien Jacob et d’autres.
En 2008, j’ai créé mon propre studio d'enregistrement. Pendant une quinzaine d’années, je me suis consacré aux sons et je n’ai pas touché une guitare. Maintenant, je me suis remis à la composition dans la veine de ce qui m’a  toujours inspiré, le rock et les musiques celtiques.
Vindotalé.
Que signifie Vindotalé ?
B. : Vindotalé, c’est d’abord le prénom Gwendal dans la très ancienne langue commune aux peuples Celtes. Le « O » du mot (symboles ♂ et ♀) est un signe d’entente entre le féminin et le masculin et symbolise d’une certaine façon le duo que nous sommes. Quelques titres de notre répertoire, traditionnels  ou non évoquent par ailleurs les rapports homme-femme, qu’ils soient affectueux ou brutaux (« Karantez-Vro - L’amour du pays »).
Et le titre du disque « Tan » ?
GL : "Tan", c'est le feu, à la fois celui qu’on allume et celui qui se consume à l’intérieur de nous à l'image du dessin de la couverture du CD réalisé par Laurent Richard et du poème "Incandescences" de Xavier GRALL, apposé au dos du livre. Dans l'imaginaire celtique, c'est un symbole qu'on retrouve par exemple au moment de Samhain,  la première des quatre grandes fêtes religieuses de l'ancienne année celtique et "porte" entre le monde des vivants et celui des disparus. 
Plusieurs chansons ont des paroles et musiques venues de la tradition ?
B : Elles proviennent d’un choix que j’avais fait en partie  pour un spectacle personnel que j’avais monté : un concert de chants a cappella sous la forme de veillée. J’avais réalisé à l’époque une sélection dans le Barzaz Breiz, le célèbre recueil de chants recueillis et traduits par le vicomte Théodore Hersart de La Villemarqué. On a repris quelques uns de ces morceaux que Gwenole a arrangés.
GL : Qu’ils soient chantés en breton ou en français, ces textes ont une identité celtique forte, mais leur puissance évocatrice dépasse les frontières et  peut se décliner vers d’autres cultures.
B : Les autres titres sont des compositions originales récentes ou plus anciennes. Cela fait 2/3 ans que nous travaillons sur ce projet, mais c’est finalement la reprise d’ébauches entamées il y a plus longtemps.
Comment s’est passée la réalisation de l’album ?
GL : Les arrangements ont fait pas mal de chemins depuis les premières tentatives. Au départ, on était sur quelque chose de plus acoustique. Puis, quand on a commencé à construire de  nouveaux morceaux, on a mis le doigt progressivement sur ce qui nous correspondait le mieux : une ambiance plus électrique, une inspiration commune qui arrive à s’exprimer musicalement.
Louis Soler nous a bien aidé en tant que musicien (basse et programmations additionnelles) et à la direction artistique et nous avons quelques invités : Sylvain Barou (duduk, flûte traversière, uillean-pipe) et Gwenaël Mevel (bombarde).
En tant qu’artistes, comment vivez-vous la situation actuelle et les difficultés engendrées par la pandémie et les différents confinements ?
B : Nous n’avons pas  trop mal vécu le premier confinement. Cela nous a permis d’avoir un peu plus de temps pour peaufiner la réalisation de « Tan ». Maintenant, cela devient plus compliqué, que ce soit pour la « promotion » de l’album ou les dates de concerts qui sont sans cesse repoussées ou annulées.
GL : En tant qu’intermittent, je ne peux plus travailler depuis plusieurs mois et ce n’est pas facile… Nous n’avons pas fait ce disque juste pour le plaisir de le réaliser ; On a envie de le partager avec le public, c’est vraiment frustrant et même…rageant ! Vivement la reprise !
 
                        Entretien réalisé au téléphone par Frantz-Minh Raimbourg en janvier 2021.

 

Publié dans Folk

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