Bassekou Kouyaté.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Son dernier opus « Miri » fait  partie des 50 plus grands albums de musiques du monde de ces 5 dernières années d’après la revue britannique Songlines.
Rencontre avec un des grands maîtres du ngoni, luth traditionnel de l'Afrique de l'Ouest.
Avec Ngoni Ba et Amy Sacko. Palaiseau. Novembre 2019. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Avec Ngoni Ba et Amy Sacko. Palaiseau. Novembre 2019. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Avec Ngoni Ba et Amy Sacko. Palaiseau. Novembre 2019. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Né au milieu des années 1960 à Garana, au nord-est du Mali, sur les rives du fleuve Niger, Bassekou Kouyaté est issu d’une longue lignée de griots. Garana était un village si petit qu’il n’y avait pas d’hôpital, Il n’y a aucun enregistrement officiel de ma naissance. Mais je sais que je suis né en août... Son père et ses frères sont de grands joueurs de ngoni et il accompagne sa mère chanteuse Yagaré Damba dès la fin des années 1970  lors d’une tournée en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Il intègre ensuite la formation Ngoni Orchestra composée de musiciens et chanteurs expérimentés puis commence à tourner dans le circuit du sumu (cérémonie traditionnelle qui honore un événement heureux comme les mariages ou les baptêmes…). C’est là que j’ai rencontré le koriste Toumani Diabate  nous explique Bassekou. Ensemble, ils vont jouer au sein du légendaire orchestre pan-mandingue Symmetric Orchestra. En 2005, il participe au dernier opus (« Savane ») d’Ali Farka Toure quelques mois avant la disparition de celui-ci.

La même année, il créé son groupe Ngoni Ba, comprenant un quatuor de ngonis de tailles différentes, un percussionniste et son épouse Amy Sacko au chant, surnommée par la télévision du pays «la Tina Turner du Mali».

Le premier disque de la formation paraît en 2007 (« Segu blue »). Le second « I speak Fula » est dans les bacs deux ans plus tard. On peut y entendre Kasse Mady Diabaté déjà présent sur le précédent ainsi que Toumani Diabate et le guitariste virtuose Vieux Farka Toure (le fils d’Ali).

Depuis, Bassekou dont le répertoire provient essentiellement de la région de Ségou au coeur de la culture du Bambara, se produit dans de grandes salles mythiques comme le Royal Albert Hall à Londres, dans des festivals internationaux (Glastonbury, Roskilde…entre autres) et collabore avec de nombreux musiciens au Mali ou ailleurs comme Damon Albarn (entre autres chanteur, musicien et compositeur des groupes Blur et Gorillaz), U2 et même l’ex Beatles Sir Paul McCartney.

Avec AfroCubism (et Eliades Ochoa) au Cabaret Sauvage. Paris. Juin 2012. (Photos : Frantz-Minh Raimbourg)
Avec AfroCubism (et Eliades Ochoa) au Cabaret Sauvage. Paris. Juin 2012. (Photos : Frantz-Minh Raimbourg)

Avec AfroCubism (et Eliades Ochoa) au Cabaret Sauvage. Paris. Juin 2012. (Photos : Frantz-Minh Raimbourg)

La Nuit des Griots. Le Trianon. Festival d'Île-de-France. Septembre 2013. (Photos : Frantz-Minh Raimbourg)
La Nuit des Griots. Le Trianon. Festival d'Île-de-France. Septembre 2013. (Photos : Frantz-Minh Raimbourg)

La Nuit des Griots. Le Trianon. Festival d'Île-de-France. Septembre 2013. (Photos : Frantz-Minh Raimbourg)

En 2010, il participe au « super groupe « AfroCubism mis sur pied par Nick Gold le patron de World Circuit, avec notamment Eliades Ochoa, le chanteur-guitariste au chapeau de cow-boy du Buena Vista Social Club et l’extraordinaire guitariste du Rail Band, Djelimady Tounkara. Avec eux, le Grupo Patria, une des formations les plus anciennes de Cuba, Toumani Diabaté, Kasse Mady Diabaté et le balafoniste Lassana Diabaté. AfroCubism était le projet initial du Buena Vista Social Club. Nous devions enregistrer à La Havane. A cause d’une histoire de passeports perdus, nous n’avons jamais pu aller là-bas et les Cubains ont enregistré seuls le disque qui a eu le succès que l’on sait.

En 2008, il reçoit deux « BBC Radio 3 Awards for World Music » (remplacées par les « Songlines Music Awards » à partir de 2009) et en 2013, il est élu "Meilleur artiste africain de l'année" à nouveau par la BBC.

Le  troisième opus, « Jama Ko », a été enregistré en 2012 au moment où le Mali vivait un contexte politique particulier avec un coup d’Etat militaire et le renversement du président Amadou Toumani Touré. Sur cette galette, le ngoni du musicien est branché sur une pédale wah-wah et le son est presque distordu, parfois jusqu’à saturation. Le bluesman américain Taj Mahal chante et joue de la guitare sur un morceau.

« Ba Power » (2015), toujours  chargé d’électricité est cependant plus léger et apaisé que le précédent. Samba Touré et le trompettiste américain Jon Hassell interviennent chacun sur un titre.

Palaiseau. Novembre 2019. (Photo : Frantz-Minh Raimbourg)
Palaiseau. Novembre 2019. (Photo : Frantz-Minh Raimbourg)

Palaiseau. Novembre 2019. (Photo : Frantz-Minh Raimbourg)

« Miri » signifie "réflexion", "rêve", "contemplation", en langue bamanankan. L’album, calme et puissant à la fois est paru en 2019. Il a été composé en partie dans son village natal. Les habitants de Garana vivent essentiellement des cultures agricoles (riz, mil, etc…), de pêche et de musique… J’étais sur les lieux de mes racines et ma mère venait de décéder (la chanson « Yakare » lui rend hommage). Ici, près du fleuve, loin de l’agitation des grandes villes, les notes sont arrivées avec évidence continue  Bassekou Kouyaté.

Pour la première fois, le joueur de ngoni utilise son instrument avec un bottleneck, pour jouer slide, comme le font souvent les vieux bluesmen autour du Mississippi. Et l’émotion n’est jamais loin quand le musicien évoque l’avenir de son pays : le Mali est une terre de tolérance, paisible et  qui a une longue histoire derrière lui. Nous étions tranquilles avant l’arrivée de ceux qui veulent dicter leurs lois et imposer leur manière de vivre. Pourquoi ont-ils choisi de venir ici ? Comment sortir de l’impasse dans laquelle s’enfonce le Mali depuis quelques années ? Le disque  évoque des valeurs comme l’amour, l’amitié, la famille et s’interroge sur l’égoïsme des hommes politiques, le changement climatique qui dessèche les fleuves et poussent les citoyens à se jalouser, à rentrer en conflit, comme celui entre cultivateurs et nomades…

Face à ce désastre, le musicien croit plus que jamais au pouvoir des artistes, à ceux qui par leurs créations, leurs mots, leurs notes essayent de protéger leur pays et de trouver une solution. Les membres de sa famille assurent une nouvelle fois  tous les instruments et sa femme, Amy Sacko, les parties chantées. Quelques artistes  sont invités : la moitié du duo  reggaeton Madera Limpia, Yasel Gonzalez Rivera, le Marocain oudiste Majid Bekkas, le leader du collectif jazz-fusion Snarky Puppy, Michael League ou encore Abdoulaye Diabate, Habib Koite et Afel Bocum.

Et comme les arts et l’éducation sont plus utiles que les armes,  Bassekou Kouyate a le projet de monter un centre de formation musicale pour les jeunes à Bamako où on y apprendra la kora, le ngoni, le djembé, le chant et la danse.

                            Entretien réalisé au Théâtre des 3 Vallées de Palaiseau en novembre 2019                                   par Frantz-Minh Raimbourg.

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