Joel Favreau.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Rencontre avec l’auteur compositeur interprète et ancien guitariste de Georges Brassens à l’occasion de la sortie de son dernier album.
Café de la Danse. Paris. (photo: Leo Favreau)

Café de la Danse. Paris. (photo: Leo Favreau)

Racontez nous vos débuts dans la chanson !
Avant d’apprendre la guitare vers l’âge de 15 ans, j’ai d’abord  débuté dans la musique en faisant sept ans de piano classique. J’étais en pension dans un lycée en Auvergne et je venais régulièrement pendant les vacances à Paris. Rapidement, j’ai accompagné une chanteuse du nom de Bernadette  qui avait son propre lieu, Catherine et Maxime le Forestier, Jacques Higelin, Brigitte Fontaine et surtout Georges Moustaki, ce qui m’a permis de faire de nombreuses rencontres, comme celle avec Pierre Barouh qui avait créé Saravah. C’est avec ce dernier que j’ai enregistré mes premiers 45 Tours en 1969 et au début des années 1970 (NDLR : Citons entre autres : « Simple Routine/Devant l’infini », « Vivre à l’envers/L’eau et la Pierre », « un jour, un papillon »). Plus tard, j’ai collaboré une quinzaine d’années avec Yves Duteil, depuis ses débuts jusqu’à la fin des années 1980.
Joel Favreau.Joel Favreau.
Joel Favreau.Joel Favreau.
Et votre rencontre avec Georges Brassens ?
Comme tout le monde, je le connaissais de nom. Gamin, je chantais souvent ses chansons en marchant avec ma bande d’amis. Plus tard, lorsque  j’ai commencé à travailler mes premiers accords à la six cordes, j’étais loin de me douter alors que j’allais rencontrer un jour l’auteur du « Gorille » et de « la Mauvaise Réputation ». Parmi les artistes que j’assistais à l’époque, il y avait Colette Chevrot qui était une amie du grand Georges. Lors d’un de ses concerts au TNP, elle m’a amené le voir dans sa loge. Je m’en souviens encore parfaitement…
Par la suite, on est partis en tournée ensemble. Colette passait en ouverture. Deux heures avant de monter sur scène, il s’échauffait, répétait ses chansons et changeait très régulièrement les cordes de son instrument. J’allais parfois dans sa loge. Un jour il m’a confié qu’il avait le désir de réenregistrer son onzième album Supplique pour être enterré à la plage de Sète. Dans la version originale, il n’y avait pas de deuxième guitare, une grève des musiciens avait empêché l’enregistrement définitif et la maison de disque Philips s’était servie d’une bande de travail pour graver le disque. Quelques années après sa disparition, ce projet a vu le jour comme le souhaitait initialement Georges (Supplique pour être enterré à la plage de Sète : version 2011 remastérisée avec Joël Favreau à la deuxième guitare).
Après le décès de Barthélémy Rosso en 1971, Brassens m’a appelé afin  que je vienne jouer avec lui sur son opus suivant. C’était bien entendu pour moi un cadeau énorme !
Quand je suis arrivé en studio, je lui ai demandé : « Que veux-tu que je fasse ? ». Il m’a répondu sur un ton assez directif : « Ce que tu veux, tu as Carte blanche ! ». On jouait en direct, il s’arrêtait parfois au milieu d’une prise et me chantait quelques notes en me suggérant de « faire quelque chose qui ressemble à cela ! », et on recommençait…
Il n’a jamais joué sur scène avec un deuxième guitariste ?
Il y a pensé mais il ne l’a jamais fait. Il aimait avoir un contact très direct avec son public, lui au milieu et Pierre Nicolas son contrebassiste plutôt en retrait. Si d’autres musiciens avaient été là, je pense que cela aurait été moins intense…
Je continue encore maintenant d’interpréter sur scène ses chansons en solo, duo, également lors de spectacles scolaires… Il y a eu Salut Brassens. (2001. Le Chant du Monde),  Salut Brassens. Volume 2. (2004. Le Chant du Monde) avec l’accordéoniste Jean-Jacques Franchin et Brassens autour du Monde (2011). Ce dernier opus avec des musiciens rencontrés en Nouvelle-Calédonie, au Bénin, au Liban et même en Afghanistan…
 Pendant les années où je travaillais avec lui, je ne m’occupais pas beaucoup de mes propres chansons. On me demande souvent si je n’en ai pas assez qu’on me considère comme « le guitariste de Brassens ». Je pense qu’il y a des associations beaucoup plus honteuses que celle là et je n’ai jamais été malheureux d’être à cette place ! Pour preuve, j’ai écris un livre de souvenirs (Quelques notes avec Georges Brassens. Préface de Maxime le Forestier. Editions de l’Archipel) et j’ai réalisé/orchestré plusieurs albums le concernant comme Graeme Allwright  sings Georges  Brassens et Ils chantent Brassens (1993 Flarenasch puis réédité en 1996 chez Wagram) avec Francis Cabrel, Alain Souchon, Renaud et beaucoup d’autres.
Joel Favreau.
Joel Favreau.
Quand avez-vous réalisé vos premiers disques ?
En dehors des 45 tours, le premier vinyl, produit par Maxime le Forestier, avec des orchestrations de Romain Romanelli est sorti en 1976 (A Danielle. Edition AZ). I l a été réédité en CD et est toujours disponible. Le deuxième a vu le jour en 1981 (Eponyme. Flarenasch) avec l’aide de Jean Musy. Il y a eu Ville et Campagne à destination du jeune public en 1989 (Le Paradisier), Tous Métis en 1991 (DOM) et Joël Favreau en 1999 (Scalen), sans oublier, comme je le disais plus haut, ceux consacrés à Brassens.
Et le petit dernier (Neuf. Le Sourire du Chat) ?
C’était une envie, j’avais quelques chansons. Mon fils qui est maintenant musicien a rassemblé quelques copains et a dirigé les arrangements. J’ai repris La Souris qui a peur du chat qui a connu un petit succès. En toute modestie, je parle avec bienveillance ou ironie d’amour, je rends hommage à la terre, à la guitare… Je m’inquiète aussi du cynisme des marchés ou de l’influence des sectes dans nos vies. Et toujours sur des styles de musiques populaires acoustiques qui m’ont inspiré comme la bossa nova et d’autres…
 
                           Entretien réalisé à Paris par Frantz-Minh Raimbourg.

Publié dans Chanson Francophone

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article