Bernard Haillant

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Né en Lorraine le 24 septembre 1944, Bernard Haillant aura marqué la chanson française par son parcours atypique. Que ce soit en groupe, en solo ou en duo (avec Claude Georgel), de ses débuts à 15 ans avec les copains de quartier Les Baladins de Nancy, puis au sein du Crëche qu'il fonda en 1969 avec Jo Akepsimas, Mannick, Jean Humenry et Gaëtan de Courrèges, jusqu'à son dernier spectacle présenté au festival "Chansons de Parole" de Barjac en juillet 2001, l'artiste nous a laissé une dizaine de disques et de nombreuses chansons pétries de douceur et de fraternité.
Entretien avec Monique Haillant à l’occasion de la sortie du double album posthume « Bonjour Tits et Grands ».
Photos : Collection privée Monique Haillant.
Photos : Collection privée Monique Haillant.
Photos : Collection privée Monique Haillant.

Photos : Collection privée Monique Haillant.

Bernard Haillant en train d'écrire la conduite pour le technicien-lumières (Photo : Christian Labeaune)

Bernard Haillant en train d'écrire la conduite pour le technicien-lumières (Photo : Christian Labeaune)

Monique, tu es l’épouse de Bernard Haillant. Peux-tu nous parler de toi et nous rappeler qui était Bernard ?
Oui, je suis l’épouse de Bernard Haillant, à ce titre je crois que je peux dire que je suis la personne qui connaît le mieux son oeuvre.
Pourtant je n’avais pas de place privilégiée quant à l’écoute de ses chansons. Je n’étais pas le genre de compagne qui donne son avis sitôt une chanson écrite. Bernard créait dans la solitude. Il était son propre critique, critique sévère, ce n’est que lorsqu’il estimait que la chanson était achevée qu’il la donnait à écouter, c’est-à-dire qu’il la chantait au cours d’un spectacle, sur scène devant un public. J’ai toujours découvert ses chansons de cette manière, jamais en avant-programme, jamais en aparté. Spectatrice, c’était la position la plus favorable pour accueillir ses nouvelles créations.
Je pense que je suis aussi la personne qui a vu le plus grand nombre de ses spectacles.
Bernard chantait, il était aussi poète, musicien, compositeur, arrangeur... Il était également homme de spectacle. Ses soirées n’étaient pas des tours de chants mais des spectacles-chansons. Il mettait en espace les textes, chansons et morceaux de musique, il jouait avec les lumières et des objets-décors qu’il choisissait avec soin. Les projecteurs qu’il installait lui-même, éclairaient les zones qu’il déterminait avec une extrême précision en fonction du morceau qu’il interprétait. Pour obtenir l’ambiance poétique qu’il recherchait, il établissait une conduite très précise qu’il confiait au technicien-lumières de la soirée, celui-ci devait la suivre avec une grande rigueur pour que la magie du spectacle opère…
De plus Bernard était photographe, il aimait aussi manier les pinceaux et les couleurs. Bref, j’ai envie de dire qu’il était un artiste au sens plein du terme, tout ce qui passait dans ses mains se transformait en œuvre d’art.
Bernard Haillant chantant "Dick le mélanésien" (Photo : Francis Vernhet)

Bernard Haillant chantant "Dick le mélanésien" (Photo : Francis Vernhet)

Quelles étaient ses influences musicales et ses thèmes de chansons de prédilection ?
Bernard écoutait toutes sortes de musiques : contemporaine, étrangère, classique, jazz. Quand il était adolescent, je sais qu’il a beaucoup écouté Brel et Brassens. Quand, vers 20 ans, il s’est produit au cabaret de la Contrescarpe à Paris, il a écouté beaucoup de chansons. Il faut dire que là, il a rencontré de nombreux auteurs de chansons françaises, Jacques Serizier, Jean Vasca, Jehan Jonas, Paul Barrault, Les enfants terribles, etc.  Non seulement, il les a beaucoup écoutés puisqu’il était devenu le barman du lieu, mais il en a interprété certaines qu’il aimait particulièrement. Plus tard ses nombreux voyages en Océanie, Afrique, Guadeloupe, à la Réunion etc. lui ont donné le goût des musiques du monde.
Ses thèmes étaient ceux de la vie.
Illustration: Thierry Lamouche.  Photo : Christian Labeaune.
Illustration: Thierry Lamouche.  Photo : Christian Labeaune.

Illustration: Thierry Lamouche. Photo : Christian Labeaune.

Pourquoi et comment est né le projet du disque « Bonjour Tits et Grands » ?
En faisant des travaux dans la chambre, j’ai remis la main sur des cartons où étaient rangées soigneusement des bandes magnétiques de chansons inédites de Bernard. Il les avait composées, vers la fin des années 80, avec de très jeunes enfants au cours d’ateliers musicaux qu’il avait animés dans des classes maternelles. Dans ces enregistrements, on l’entend chanter, jouer de multiples instruments, on entend les enfants dire et psalmodier ce qu’ils ont composé, utiliser les instruments de musique qu’ils ont inventés, c’est émouvant, original et très beau.
Je me suis souvenue alors qu’au début des années 90, il avait eu l’idée d’en faire un 33T et qu’il avait proposé une maquette à une maison de disques, mais cela n’avait pas abouti. J’ai repris cette idée, j’ai cherché un ingénieur du son et je me suis adressée à Anaïs Georgel qui venait d’obtenir son diplôme des Métiers du son au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Anaïs, enthousiasmée par le projet, a trouvé un studio équipé d’un Nagra qui lisait ce type de bandes magnétiques et nous nous sommes lancées dans l’aventure. Pour la pochette, je me tournée tout naturellement vers Thierry Lamouche, illustrateur, qui a toujours travaillé avec Bernard. Il a réalisé pour lui ses affiches, ses fiches de presse et ses pochettes de disque, et avec moi, le coffret de ses huit 33T… Je vous enchanterais les mots…
 Comment choisit-on les chansons ?
J’ai décidé de joindre aux chansons inédites de Bernard, certaines de ses chansons déjà parues qui évoquaient l’enfance. Le choix des chansons s’est fait facilement mais, malgré tout, deux d’entre elles, que nous aimions beaucoup, n’ont pas trouvé leur place dans ce double album.
 Quelles ont été les différentes étapes de la réalisation de l’album ?
Comme je le disais plus haut, j’ai commencé par la recherche de l’ingénieur du son, une fois Anaïs Georgel choisie, le reste a suivi. Anaïs a contacté un musicien de sa connaissance, propriétaire d’un studio d’enregistrement bien équipé dont elle savait les qualités techniques et acoustiques, et qui répondait à nos besoins.
Puis Anaïs a numérisé, au studio pendant huit longues journées, toutes les bandes magnétiques qui étaient en ma possession. Cela nous a permis de tout écouter et de prendre des notes sur les caractéristiques de ce que l’on entendait. Ensuite, chacune a réfléchi au choix des chansons et à leur place dans l’album. Nous avons eu le plaisir de constater que nous avions les mêmes préférences, non seulement cela nous a émerveillées vu nos différences d’âge, de goût et d’expérience de vie, mais cela nous a confortées dans nos prises de décisions.
Anaïs a poursuivi son travail d’ingénieur du son par la mastérisation extrêmement précise et fine de toutes les chansons retenues afin de donner une unité à l’album.
De mon côté, j’ai cherché des infos sur le travail pédagogique de Bernard avec ces petits qui ne savaient pas encore ni lire, ni écrire. J’ai même rencontré un ancien animateur de centre de loisirs où Bernard était intervenu. Il m’a raconté avec des étoiles dans les yeux les séances musicales auxquelles il avait participé.
Avec André Boncourt, j’ai travaillé sur les textes des chansons et, à partir des fiches pédagogiques et des commentaires de Bernard, nous avons rédigé des notes explicatives pour chaque chanson.
Puis j’ai recherché dans mes archives personnelles des dessins d’enfants pour illustrer le livret et des photos pour la pochette.
Pendant ce temps-là, Thierry Lamouche réfléchissait à la pochette. Il m’a fait des propositions d’ambiance, de couleurs, de présentation qui m’ont emballée. En particulier, il a eu l’idée géniale de reprendre un montage-photo que Bernard avait réalisé à partir de ses propres photos pour la pochette de Petite sœur des îles. Thierry l’a retravaillé graphiquement et en a fait la couverture de Bonjour Tits et Grands que je trouve très belle et très juste.
Ensuite j’ai fait appel à une maison spécialisée pour fabriquer le double album : les 2 galettes, le livret et la pochette, et c’est l’association Remonter La Rivière qui a produit ce double album.
Enfin, par courrier et par mail, j’ai envoyé à tous ceux que je connaissais, une lettre pour leur annoncer la parution de ce nouvel opus de Bernard Haillant, posthume puisque Bernard est décédé en 2002, plein de fraîcheur et empreint de la gravité de l’enfance.
Bernard Haillant chante accompagné par un jeu de cloches construit par ses soins (Photo : Collection privée Monique Haillant)

Bernard Haillant chante accompagné par un jeu de cloches construit par ses soins (Photo : Collection privée Monique Haillant)

Association REMONTER LA RIVIERE
41 Rue Esquirol.
75013. Paris

Publié dans Chanson Francophone

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