Buda Musique. Gilles Fruchaux.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Gilles Fruchaux (Photo: Philippe Krumm)

Gilles Fruchaux (Photo: Philippe Krumm)

Rencontre avec Gilles Fruchaux, producteur phonographique et âme du précieux label indépendant Buda Musique reconnu dans le monde entier.

Racontez nous votre parcours avant la création de Buda !

Je me suis toujours intéressé à la musique. J’ai abandonné mes études après l’année 1968. J’ai pas mal voyagé et pratiqué divers métiers avant de rejoindre le label discographique AZ qui était alors une émanation d’Europe 1. Mon tout premier travail consistait à emballer les vinyls et cassettes de l’époque. J’ai ensuite postulé à un poste pour gérer la fabrication. J’ai acquis progressivement une expérience dans ce domaine et cela a intéressé le distributeur Mélodie dirigé par Gilbert Castro. C’est là que j’ai rencontré Dominique Buscail qui en était alors le directeur commercial.

De quelle façon l’aventure a-t-elle commencé ?

J’ai cofondé le label en 1987 principalement  avec Dominique et François Dacla. Les trois premières années, j’avais une double journée : je continuais de travailler chez Mélodie. Dans notre organigramme, ils s’occupaient plutôt de l’artistique et moi du reste… Nos premiers albums étaient des rééditions, des licences. Il y a eu par exemple un live de Malavoi ou un opus de la grande chanteuse brésilienne Maria Bethania. C’était l’époque où le disque compact était tout nouveau. Quand Dominique est décédé en 1990, j’ai démissionné de Mélodie. Au départ généraliste, j’ai souhaité que la ligne éditoriale de Buda soit centrée plus précisément sur les musiques du monde, traditionnelles et urbaines. Je me suis  lancé dans la production. Une de mes premières rencontres à ce niveau était avec le Quatuor  iranien Moshtaq avec Reza Ghassemi. Il y a eu à peu près à la même époque la sortie de la galette de l'Ensemble National des Percussions de Guinée avec François Kokelaere, un percussionniste français et Baïlo Télivel Diallo, directeur national de la culture de ce pays. Nous avons édité le premier CD de Capoeira au moment où cet art martial est devenu très pratiqué en Europe. Il y a eu d’autres références comme la sortie progressive d’une anthologie des musiques sibériennes (actuellement 11 volumes) qui a bénéficié de l’aide précieuse de l’ethnomusicologue Henri Lecomte qui vient hélas de nous quitter… Au fil des années et des sorties, le label a été mieux repéré…

    Buda Musique. Gilles Fruchaux.    Buda Musique. Gilles Fruchaux.    Buda Musique. Gilles Fruchaux.

Il y a les albums parus dans la collection Musiques du Monde et bien sûr les désormais célèbres Ethiopiques créées et dirigées par Francis Falceto !

C’est déjà une trentaine de volumes qui nous fait découvrir des disques éthio-jazz produits durant les années 1960-1970 notamment par Amha Eshètè, le fondateur de Amha Records. En 2004, Jim Jarmusch a utilisé de nombreux titres d'Ethiopiques.Volume 4 pour son film Broken Flowers.

On peut notamment ajouter également ceux lancés avec l'aide de l’ethnomusicologue Werner Graebner et consacrés aux musiques populaires swahili de la côte orientale de l’Afrique (Zanzibara. 9 tomes), la collection « Angola » qui couvre les années 1956/ 1998, les Trésors de la chanson Judéo-arabe ou les trois CD Nostalgiques réalisés avec l’aide de Philippe Zani (NDLR : Le dernier consacré à l’Arménie a reçu un Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros 2018).

    Buda Musique. Gilles Fruchaux.
    Buda Musique. Gilles Fruchaux.
    Buda Musique. Gilles Fruchaux.
    Buda Musique. Gilles Fruchaux.

Comment s’opère la sélection des sorties d’albums ? Y a-t-il dans votre façon de gérer le répertoire du label un côté "militant » ?

Je n’ai pas prétention d’être un musicologue et je n’ai pas de lignes esthétiques très tranchées. Mais j’assume le fait que le but d’une grande partie de mon activité consiste à faire découvrir des expressions musicales « différentes », parfois inédites ou en danger et  qui n’ont pas forcément accès aux « grands médias ». Dans une entreprise même petite, il s’agit de trouver un équilibre subtil entre la gestion quotidienne et un souci de rentabilité. Mon travail s’inscrit naturellement dans une économie industrielle ou la concurrence existe, mais je me revendique avant tout comme un relais utile, un artisan de la culture où l’aventure humaine, les relations sont primordiales, autant pour moi que pour mes interlocuteurs, que ce soit avec les musiciens/chanteurs/interprètes, les réalisateurs, la presse ou d’autres professionnels. Actuellement, il est indéniable que le fait de travailler avec des artistes qui font des concerts donne une visibilité plus importante aux productions.

Buda Musique se consacre beaucoup aux traditions mais on y trouve aussi de nombreux projets très actuels ?

A condition que ce ne soit pas une manœuvre à but uniquement commercial, les Musiques du Monde, c’est aussi l’ouverture sincère et travaillée vers d’autres cultures. Je pense à des artistes présents chez Buda comme le clarinettiste Yom, Françoise Atlan ou Ray Lema. Il y en a bien sûr beaucoup d’autres…

Le patrimoine traditionnel français n’est pas oublié dans le catalogue Buda ?

Là encore, il s’agit généralement de rencontres. Avec des associations ou des artistes comme Jean-François Dutertre (NDLR : Décédé  en mars 2017) en solo ou avec Mélusine, Michel Esbelin et le groupe Flor de Zinc, Miqueu Montanaro…. Il y a eu aussi le chœur Corou de Bera venu des Alpes méridionales, des albums de polyphonies béarnaises avec l’Ensemble féminin la Novem, des musiques du Berry ou de Corse…

    Buda Musique. Gilles Fruchaux.
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Comment voyez-vous l’évolution du marché du disque ?

Je me considère maintenant plutôt comme un professionnel de la musique enregistrée et je suis présent depuis le début des années 2000 sur le marché du téléchargement. Ce qui me désespère plutôt, c’est de voir que le streaming, symbole du morcellement, l’emporte au détriment du travail sur un album… C’est un peu le reflet du « zapping moderne »… En ce qui concerne notre label, le futur est bien entendu présent dans mon esprit et j’y travaille (rires).

                             Entretien réalisé à Ivry-sur-Seine par Frantz-Minh Raimbourg

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