Lindigo.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Lindigo est depuis quelques années incontestablement un des groupes les plus populaires de la Réunion et les représentants d’un maloya à la fois ancré dans la tradition et ouvert sur le monde.

Rencontre avec Olivier Araste à l’occasion de la sortie du nouvel album.

Lindigo et Olivier Araste. Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Lindigo et Olivier Araste. Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Lindigo et Olivier Araste. Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Racontez-nous votre « enfance musicale » ?

J’ai grandi à Paniandy, un quartier malgache de Bras-Panon, une petite ville de l’est de la Réunion. Ma famille est très métissée : ma grand-mère maternelle est née au Mozambique et elle me chantait des airs d’Afrique de l’est. Mon grand-père était « chef tambouyé» dans les cérémonies rituelles malbars*. C’était son métier et il a transmis cela à mon père qui a fait de même pour ses enfants. Dans les plantations de canne au moment de la récolte, on nous apprenait des chants, c’était pour nous encourager, mais j’étais surtout content d’y aller pour l’ambiance.

J’aimais bien l’école, même si j’étais au fond de la classe (rires) ! Un jour au collège, le principal m’a fait faire un concert avec ma classe dans le réfectoire de la cantine. C’était le jour de la Fête de la Musique et ma première expérience de la scène… Je me rappelle, c’était déjà du maloya, des reprises de Gramoun Sello, Lo Rwa Kaf, Gramoun Lélé, Gilbert Pounia et Ziskakan. J’ai découvert Alain Peters un peu plus tard vers l’âge de 17 ans. A l’adolescence, je jouais et chantais avec un orchestre de mon village. Là, c’était plutôt des vieux ségas et des chansons des artistes de la variété française comme Adamo, Mike Brant et beaucoup d’autres… Je jouais de la guitare, de la basse, de la batterie, des percussions… J’ai fait également partie d’une troupe de danse « folklorique », on a même participé aux Jeux des Îles de l’Océan Indien à Madagascar en 2002.

Lindigo. (Sur les photos: Frédéric Madia, Aldo Araste, Lauriane Marceline, Olivier Araste). Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Lindigo. (Sur les photos: Frédéric Madia, Aldo Araste, Lauriane Marceline, Olivier Araste). Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Lindigo. (Sur les photos: Frédéric Madia, Aldo Araste, Lauriane Marceline, Olivier Araste). Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Lindigo. (Sur les photos: Frédéric Madia, Aldo Araste, Lauriane Marceline, Olivier Araste). Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Lindigo. (Sur les photos: Frédéric Madia, Aldo Araste, Lauriane Marceline, Olivier Araste). Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Lindigo s’est formé en 1999 ?

Lindigo, cela vient de l’indigotier. C’est le nom d’une plante médicinale qui rafraîchit, qui donne de  l’appétit... Au départ, nous étions un duo, c’était juste mon amie et moi. Mon frère nous a rejoins. Il y avait une guitare, un saxophone et un tambour roulèr. On jouait dans  les Servis kabaré** et dans les marchés forains où on faisait de l’animation pour attirer la clientèle dans les magasins.

On a ensuite réalisé une première maquette avec trois maloyas chantés en malgache. Après une deuxième tournée dans les Alliances Françaises de la région en 2004, le premier album est sorti avec huit titres toujours chantés en malgache mais aussi en créole (Misaotra Mama. Piros). On a eu la chance d’avoir rapidement de bonnes chroniques et des demandes de certains deejays pour remixer certains morceaux que nous sommes allés jouer en live dans des discothèques. Ce devait sûrement être la première fois que l’on pouvait entendre du maloya dans ce genre d’endroit (rires) ! Cela nous a encouragés pour faire un deuxième disque en autoproduction (Zanatany. 2006). Le titre signifie « Enfants du pays ». J’ai commencé à amener l’accordéon diatonique  dans le groupe, nous avons été invités aux festivals Sakifo (la Réunion) et Africolor (Seine Saint-Denis). A la même époque, j’ai ressenti le besoin d’aller me ressourcer pendant plusieurs mois à Madagascar pour approfondir ma connaissance de la langue de mes ancêtres…

Que s’est-il passé ensuite ?

Jusqu’à présent, je tenais à explorer certaines racines du maloya. Avec le troisième opus (Lafrikindmada. Cobalt) paru en 2008, nous avons voulu aller plus loin en rendant hommage aux différentes communautés de notre île et aux ancêtres venus aussi bien des Comores, du Mozambique ou d’Inde.

Il y a eu la rencontre déterminante à la Réunion avec l’accordéoniste Fixi qui a joué entre autres avec le groupe Java ainsi qu'avec Winston McAnuff  ou les chanteurs Alexis HK et M ?

Oui, c’est devenu un ami. Il m’a bien aidé pour la réalisation des deux galettes suivantes. Avec Maloya Power (Hélico. 2010), Le rythme de chez nous se mêle aux influences brésiliennes et aux sonorités africaines. Je me suis encore plus ouvert sur le monde d’aujourd’hui, tout en restant bien entendu proche de nos racines.

En 2014, il y  a eu Milé Sèk Milé (Hélico. Le titre signifie : « Je suis ce que je suis », une façon de renouer avec l’esprit rebelle et engagé du maloya et d’affirmer haut et fort  mon identité, notre histoire, celle des nos ancêtres… Comme je le dis souvent : « Quand tu sais d'où tu viens, tu sais où tu vas »…Nous l’avons  enregistré en direct et en trois jours, au nord-est de l’île, dans une cour en compagnie d’enfants et d’amis. Le saxophoniste Guillaume Perret participe à l’enregistrement.

En dehors de Lindigo, tu as collaboré également avec de nombreux musiciens ?

Entre autres avec La Yegros, Yarol Poupaud, Warfield… Je joue actuellement aussi avec Fixi et Cyril Atef dans la formation Pachipaba.

Lindigo. Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Lindigo. Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Lindigo. Le Plan. Ris-Orangis (91). Mars 2018. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Parlons maintenant du dernier album Komsa gayar (Helico. 2017) !

On avait une proposition pour nus produire à Cuba dans un festival. Une fois arrivés sur place, on a rencontré plein de musiciens, Los Munequitos de Matanzas entre autres qui jouent sur le disque. L’enregistrement a été réalisé dans le studio de Pablo Milanes avec le duo sud africain fondateur de Skip&Die pour la coréalisation. Les compositions étaient déjà écrites mais les arrangements ont été improvisés totalement. Il y a bien sûr des titres qui parlent de Madagascar, de l’océan indien, un des morceaux parlent des maux de ventre et des dommages causés par une trop grande consommation d’épices…

Des projets ?

Je rêve maintenant de réaliser un album en public.

                         Entretien réalisé à Ris-orangis par Frantz-Minh Raimbourg.

 *Descendants des Tamouls venus d’Inde pour travailler dans les champs de canne à sucre.

 **Cérémonies qui ont des fonctions différentes suivant les régions de l’île. Au sud et à l’ouest, on raconte la vie de tous les jours en créole. Dans l’est, ce sont plutôt des danses et des chants en créoles et en malgache qui donnent l’occasion de communiquer avec les ancêtres et de rentrer en transe.

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