Marc Perrone.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Fin mélodiste, accordéoniste diatonique emblématique, chanteur et raconteur d’histoires, Marc Perrone  fait paraître un nouvel album. Nous l’avons rencontré pour remonter le fil du temps et commenter l’actualité récente.

Fête de l'Humanité 2010. (photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Fête de l'Humanité 2010. (photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Photo: François Bergeret.

Photo: François Bergeret.

Vous venez d’une famille italienne ?

Oui, par mon grand-père qui est venu en France en 1924. Il est décédé en 1947. Je ne l’ai pas connu puisque je suis né au début des années 1950. Jusqu’à mon adolescence, l’Italie n’était pas vraiment  mon affaire ! Mais puisqu’on allait là-bas chaque année une grande partie de l’été en vacances, cela m’est resté forcément dans la mémoire… Une de mes tantes était installée dans le nord du pays près du lac Majeur. On me laissait là-bas avec mes cousins quelques semaines. Puis on venait me chercher pour partir plus loin dans le centre-sud, le berceau de la famille.

Dans le livret de mon dernier album, je parle de tout ce parcours. Actuellement, on se focalise beaucoup sur la question des immigrés. Je pense que le problème de l’identité est mal posé. Ce n’est pas quelque chose d’inamovible. J’ai souvent rencontré des gamins en banlieue qui venaient du monde entier. Ils ont déjà une relation particulière avec plusieurs langues, celle de leurs familles et celle du pays d’accueil. Il faut les aider à développer ces notions afin qu’ils se sentent bien ici. Cela prend forcément beaucoup de temps…

Racontez-nous votre jeunesse musicale !

Je n’ai pas eu directement de formation musicale. Mon père était tailleur. Je passais beaucoup de temps dans son atelier. On écoutait les chansons de l’époque à la radio.

Un été, mon père m’a acheté une guitare. Il m’a dit : «  tu ne joueras jamais aussi bien qu’Henri Crolla (NDLR : guitariste de jazz d’origine napolitaine. Il a notamment été le mentor de Jacques Higelin). J’ai continué malgré tout (rires), en apprenant avec les copains, un peu tous les styles et le blues en particulier. Et puis, un ami m’a confié son accordéon diatonique. Je ne l’ai pas touché jusqu’au jour où la Fête de l’Huma en 1972, j’ai entendu des cajuns qui en jouaient formidablement bien ! Cela m’a procuré une émotion énorme et j’ai commencé à pratiquer cet instrument. J’ai fréquenté les premiers folks clubs parisiens, d’abord le TMS (Traditional Mountain Sound) puis le Bourdon. A la même époque, j’ai été comédien, marionnettiste, musicien à Aubervilliers avec une troupe attachée au Théâtre de la Commune. J’ai eu ensuite l’envie d’aller vivre en province. En 1973, j’ai rencontré le groupe Perlinpinpin Fòlc et le journaliste/musicien Pierre Toussaint. Je les ai suivis à Agen. On faisait des bals, j’ai participé aux disques « Le Paradis des Vieilles maisons » et  « Gabriel Valse ». J’ai commencé à créer mes propres compositions. Au départ, j’essayais d’écrire des musiques dans le style de ce que j’entendais. J’ai compris au fil des années que ce que j’inventais était une façon de me découvrir. C’est pendant cette période que j’ai rencontré Marie-Odile Chantran.

Marie-odile Chantran et Marc Perrone. Paris 1984. (Photo: Patrice Dalmagne)

Marie-odile Chantran et Marc Perrone. Paris 1984. (Photo: Patrice Dalmagne)

Vous avez commencé à faire du collectage ?

D’abord avec les amis de Perlinpinpin dans le Gers puis avec Marie-Odile en particulier dans les Landes. On passait beaucoup de temps à cela. C’était un terrain d’exploration passionnant,  une sorte de conservatoire. Les traditions fonctionnent en grande partie par mimétisme. Un individu entend un morceau, une chanson,  il a envie de le jouer, la chanter, de se rapprocher du modèle et cela passe d’abord par la mémoire auditive. C’est le contact direct, l’imprégnation, l’oralité… Au bout d’un moment, les oreilles s'aiguisent, les mains finissent par obéir et on devient de plus en plus adroit…

La danse a toujours été très présente dans votre façon de concevoir la musique ?

Dès le départ ! Il me semble que savoir où, quand et comment  on pose les pieds est primordial. La musique est habitée par le mouvement…

En 1975, il y a eu la rencontre déterminante avec Arrigo Guerrini en Italie. C’est lui qui vous a réalisé votre premier accordéon tout en bois à l’ancienne ?

Il était alors âgé de 80 ans. Celui qu'il m'avait construit était extraordinaire. Je lui en avais commandé un autre à trois rangées. Il est décédé avant de pouvoir le terminer.

Je ne savais plus quoi faire… En 1979, j’ai rencontré la famille Castagnari et Mario en particulier qui résidaient à Recanati dans la région Marches (Italie centrale). Le diatonique  était alors considéré comme démodé. J’ai réussi à les convaincre d’en reprendre la construction. La qualité de leur travail fut certainement une des raisons du renouveau de cet instrument.

Dans les années 1980, j’ai fait connaissance avec des musiciens souvent venus du jazz et qui ont eu une grande influence sur ma façon de concevoir la composition, que ce soit sur scène ou sur mes galettes de l’époque (« La Forcelle ». Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros. 1983, « Velverde ». Le Chant du Monde. 1988). Je pense à Marcel Azzola, Bernard Lubat, Michel Portal puis plus tard Louis Sclavis, Jacques Di Donato, Henri Texier ou André Minvielle. Ce sont des artistes qui sont toujours en recherche et avec qui j’ai participé de très nombreuses fois à la Fête de l’Humanité, au Festival Uzeste Musical et à de nombreuses autres manifestations.

Festival de Saint-Chartier 1989. (Photo: Patrice Dalmagne)

Festival de Saint-Chartier 1989. (Photo: Patrice Dalmagne)

M.J.C. Ris-Orangis (Essonne) pour les 20 ans du Folk-Club "Le Bourdon". Octobre 1990. (photo: Patrice Dalmagne)

M.J.C. Ris-Orangis (Essonne) pour les 20 ans du Folk-Club "Le Bourdon". Octobre 1990. (photo: Patrice Dalmagne)

Paris. Début des années 1990. (Photo: Patrice Dalmagne)

Paris. Début des années 1990. (Photo: Patrice Dalmagne)

Avec Marie-Odile Chantran, Denis Tuveri, Henri Texier, André Minvielle, Marcel Azzola. Paris Début années 1990. (Photo: Patrice Dalmagne)

Avec Marie-Odile Chantran, Denis Tuveri, Henri Texier, André Minvielle, Marcel Azzola. Paris Début années 1990. (Photo: Patrice Dalmagne)

Il y a eu aussi des musiques de films et documentaires ?

J’ai toujours été passionné par les mélodies du  7ème art. Je leur ai consacré deux volumes (« Cinéma-Mémoire ». 1993 et « Ciné-Suite ». 1998). Depuis 1983, j’ai créé les bandes originales sonores de nombreux films. Il y a eu entre autres la Valse de « Un Dimanche à la Campagne » de Bertrand Tavernier. Dans « La Trace », le réalisateur Bernard Favre, m’a amené à composer (avec Nicola Piovani) mais aussi à interpréter mon premier et dernier grand rôle (rires)... J’ai accompagné des ciné-concerts, j’ai enregistré des musiques nouvelles  pour les films muets de Jean Renoir (« Tire-au-flanc », «  La Petite Marchande d'allumettes »), Charlie Chaplin (« L’Emigrant », « le Vagabond ») ou JeanVigo (« A propos de Nice »).

Pendant les années 1990-2010, vous avez continué à énormément tourner autant en France qu’à l’étranger (Europe,  Afrique, Inde, Extrême-Orient,  Amériques Centrale et du Nord) ?

Il y a eu « Jacaranda » pendant trois semaines au théâtre du Petit Montparnasse (1995). Citons aussi « Voyages » à Paris (1999-2000), « Victor Bâton » d’après le roman « Mes Amis » d’Emmanuel Bove (2003), « Che Bella la Vita » (2003), « Son Ephémère passion » (2004), « Images de Marc » (2013), « La Petite Louise, ses voyages et son accordéon » (« Coup de cœur » de l'Académie Charles Cros (2013)...

A partir de « Les Petites chansons de Marc Perrone » (2007), vous vous mettez à chanter ?

J’ai toujours aimé raconter des histoires. Les mots autant que la musique m’ont toujours intéressé et ont toujours eu une place importante dans mes créations. La voix est la première musique.

Paris 1998. (Photo: Patrice Dalmagne)

Paris 1998. (Photo: Patrice Dalmagne)

Festival Saint-Chartier. (Photo: Patrice Dalmagne)

Festival Saint-Chartier. (Photo: Patrice Dalmagne)

Zèbre de Belleville. Paris. octobre 2005. (Photo: Patrice Dalmagne)

Zèbre de Belleville. Paris. octobre 2005. (Photo: Patrice Dalmagne)

Avec Olivier Cheres et Joseph Ligault. Estivales de Ris-orangis. Juin 2006. (Photo: Patrice Dalmagne)

Avec Olivier Cheres et Joseph Ligault. Estivales de Ris-orangis. Juin 2006. (Photo: Patrice Dalmagne)

Parlons maintenant du dernier opus paru en 2017 !

Il y a eu dix ans entre les deux dernières galettes.  Les disques ont commencé à moins se vendre, j’ai eu des problèmes de santé… Quand mon ami le violoniste Gilles Apap venait me voir à Paris, il me proposait à chaque fois de faire une session et j’avais gardé cette idée dans un coin de ma tête. Le lendemain des attentats du Bataclan, le 16 novembre 2015,  nous sommes allés enregistrer une partie de ce que l’on peut trouver dans le CD aux Lilas dans la région parisienne au studio de Patrick Sigwalt. Et puis j’ai dû retourner à l’hôpital… Ce n’était vraiment pas drôle ! Heureusement, j’avais avec moi un  Iphone avec de nombreux enregistrements anciens de mes musiques de films, des impros… C’est ainsi que j’ai eu l’idée de réaliser un disque plus ou moins autobiographique qui parlerait de mon enfance, mais également des gens, des artistes que j’ai rencontré. Je me suis à écrire des textes, des  poèmes. Certains titres ont été inspirés par ce que j’entendais et voyais depuis ma chambre de l’hôpital Rotchild à Paris : les cris d’enfants de l’école maternelle voisine, les pas de danse d’une petite fille…

Puis on a enregistré sur le label Buda Musique de Gilles Fruchaux avec mes fidèles amis musiciens (Gilles Apap, André Minvielle, Marcel Azzola, Jacques Di Donato, Bernard Lubat, Jean-Luc Bernard).  J’ai sélectionné les morceaux qui me touchaient le plus : beaucoup de valses, des improvisations totales, un poème de Baudelaire et les chansons de Marie-Odile. « Babel-Gomme », c’est comme je le disais déjà tout ce que j’aime : des musiques, des mots, des histoires…

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre carrière ?

Sur le moment, la création n’est jamais facile, c’est même assez douloureux…que ce soit au moment où on essaye de jouer dans un style ou lorsqu’on invente ses propres musiques. Dans un parcours comme le mien, j’ai eu autant de doutes que de plaisirs. Maintenant je réécoute et cela me satisfait plutôt (sourire) !

                           Entretien réalisé à Paris par Frantz-Minh Raimbourg.

 

Publié dans Folk

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