La.titudes chroniques CD (2).

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

De la découverte d’un jeune chanteur créole dans les couloirs du métro parisien en passant par le nouvel opus d’une chanteuse/violoncelliste atypique et le retour de quelques vétérans de la scène musicale française, voilà une cueillette discographique hivernale variée et forcément rafraîchissante.

Merci à Evelyne Bonhomme pour ces belles chroniques.

 

 

 

 

La.titudes chroniques CD (2).

K-LEAF

LONBRAJ A LANMOU

10 titres

Blue Cayman Production

Facebook : Kleafofficial

Qui a dit que le métro parisien était un endroit anonyme, un lieu de passage où se croisent et se frôlent des milliers de gens chaque jour dans la plus parfaite indifférence ?…Vous circulez dans ces longs couloirs où s’engouffrent le vent et vos soucis,  fatigué, pressé ou préoccupé et tout à coup, vous êtes saisis par une mélodie, une voix langoureuse, des notes mélancoliques sur une guitare acoustique qui vous enveloppe et vous projette dans un ailleurs….K-Leaf est là, les yeux fermés, faisant glisser ses doigts sur les cordes, sa voix s’élevant comme un oiseau céleste au dessus du tapage ambiant.

Musicien du métro depuis 2012, K-Leaf de son vrai nom Régis Calif est un enfant des Îles. Né en Guadeloupe, il part vivre en Guyane à l’âge de 5 ans. Il grandit, comme il le dit, près de la forêt et a toujours aimé la nature. Son nom d’artiste K-Leaf en est d’ailleurs une illustration puisque veut dire « feuille en créole ». Après avoir suivi une formation en psycho–somato-thérapie à Paris et fait plusieurs métiers, c’est vers la musique qu’il se tourne à l’âge de 30 ans et décide d’en faire sa vie. Le métro lui parait une étape pour se faire connaitre.

Inspiré entre autres par Tété, le jeune chanteur écrit des chansons et compose une musique soul, chaleureuse et douce aux parfums délicieusement exotiques. Sa voix suave agit comme un baume sur l’esprit….

Il vient de sortir son premier album où il parle d’amours nostalgiques, de rivages tropicaux,  mais aussi de  souffrance, d’espoir et de paix entre les hommes évoqués dans le très beau titre  « Sonjé Yo ».

K-Leaf a une sensibilité artistique certaine et mérite qu’on s’y arrête un moment pour l’écouter et le découvrir.

 

 

La.titudes chroniques CD (2).

CECILE GIRARD

DE A (felicidad) A  Z (nous sommes en vie)

12 titres

Nuages et Sons

13jdb@orange.fr

Cécile Girard est chanteuse/violoncelliste. Après un parcours classique au conservatoire, la musicienne a rejoint différentes formations : l’Orchestre de Tango de Juan José Mosalini, le septuor Jazz de Jean-Marie Machado, le Quintet breton Obree Alie et pu ainsi explorer divers registres musicaux et élargir son univers artistique. Elle s’est vue confier la direction musicale des trois derniers spectacles du célèbre "Quatuor".

Elle a également travaillé auprès d’enfants autistes et dyslexiques et participé à de nombreuses animations avec sa soeur Hélène (chanteuse traditionnelle) dans les établissements pour personnes âgées.

En 2011, elle se produit au Aktéon Théâtre à Paris en session « bande passante » dans laquelle elle reprend Brassens, Brel, met en musique des poèmes d’Apollinaire, puis monte en 2014 un spectacle « Violoncelle sur Canapé » en collaboration avec David Doucerain où se côtoie allègrement le baroque de Bach et la pop music des Pink Floyd…Un vaste éventail de genres.

Aujourd’hui, elle nous livre de A à Z un disque plein de souvenirs d’enfance, une sorte de parcours nostalgique qui va nous emporter vers des horizons aussi divers que variés…des bandes originales de films : «  Match de boxe » de Charlie Chaplin dans « Les Lumières de la Ville », « Suite Orfeo » tiré d’ « Orfeo Negro » de Marcel Camus ou du célèbre western  « Rio Bravo » avec « El Deguello » de Dimitri Tonkin en passant par Georges Brassens (toujours), le slow air irlandais « Lonesome Boatman » et la jig "Next Week" (dans la suite "Retour d'Irlande") ou encore le bal musette du "93 rue de la Roquette". Toujours accompagnée de David Doucerain, elle s’est entourée de sa famille (chanteurs et musiciens) et la participation de Jean-Yves Lacombe, ancien membre du "Quatuor".

Une bien sympathique et plaisante ballade musicale.

 

 

La.titudes chroniques CD (2).

LO’JO

FONETIQ FLOWERS

13 titres

World Village Label

www.lojo.org

Groupe angevin né dans les années 80 sous l’impulsion de son leader Denis Péan, en collaboration avec le contrebassiste Richard Zennou et le violoniste Richard Bourreau, Lo’Jo est une formation innovante et atypique dans le paysage musical français. Après un périple de six mois avec la compagnie de théâtre de rue Jo Bithume, une tournée de plusieurs années sur tous les continents à la recherche d’univers musicaux multiples et deux opus discrets, le groupe s’octroie une reconnaissance nationale avec l’album sorti en 1993 « Fils de Zamal ». Puis s’ensuivront une quinzaine de disques.

Passionné de poésie et de jazz, Denis Péan ne cesse de composer, mélanger les sons synthétiques et instrumentaux, écrire des chansons aux textes ciselés, magiques et à contre-courant. Puis dans les années 90, c’est la rencontre avec l’Afrique. Sous cette influence décisive, le groupe créée en 2001 « le Festival du Désert » dans le Sahara et ramènera avec lui des enregistrements de musique touareg dont il fera la promotion avec la découverte du groupe Tinariwen désormais bien connu en France.

Viennent ensuite les prestigieuses collaborations avec Robert Wyatt (Soft Machine), Archie Sheep, George Barrington Dudley, Boubacar Traore et Robert Plant (Led Zeppelin) qui font de Lo’Jo une référence.

En 2014, c’est la sortie de « Cinema El Mundo » avec lequel il se verra consacré à Londres le Award du meilleur groupe de l’année.

En 30 ans, la formation connaît cependant des variations et évolutions de membres (musiciens ou chanteurs) autour du noyau indéfectible comprenant son leader, Richard Bourreau et les chanteuses Nadia et Yamina Nid El Mourid. Mais l’esprit vagabond et humaniste demeure. Denis Péan en aura fait l’expérience en fondant un lieu de résidence communautaire pour artistes nationaux et internationaux au cœur de son Anjou natal.

Sorti en septembre 2017, « Fonetiq Flowers » est une illustration de ces échanges multiples. Ses treize titres enregistrés dans un studio nomade nous emmènent dans un voyage aux quatre coins de la planète (Louisiane, Corée du Sud, Géorgie ou encore au Benin). On y retrouve des sonorités marquées par la présence de nombreux instruments traditionnels (kayagum coréen, panduri iranien, oud, kora), mêlées à des effets électro-acoustiques savamment orchestrés, la participation exceptionnelle du  claviériste /auteur/compositeur Albin de la Simone y apportant des touches et des couleurs particulières. A noter encore la collaboration avec Bartabas et ses ballets de chevaux sur le titre « Café des Immortels ».

De la valse rythmée par des chœurs d’enfants au chaloupé de la kora malienne, des airs arabisants aux mélodies enlevées, des textes à la poésie lyrique et aérienne («Nous sommes venus avec le vent, Nos chaussures d’argile, Quelques brassées de fleurs, Fonetiq flowers, Fonetiq»), l’album nous ravit, nous surprend, nous enveloppe et touche au tréfonds de l’âme jusqu’au bout. Aucun morceau ne laisse indifférent même en l’écoutant d’une oreille parfois distraite. Un disque planant et inclassable.

 

 

La.titudes chroniques CD (2).

 L’ATTIRAIL

LA PART DU HASARD

Les Chantiers Sonores

16 titres 56’04

CBS  Productions/ L’Autre distribution

Production@far-prod.com

Fondé en 1994 par le guitariste Xavier Demerliac et l’accordéoniste Jean-Christophe Brosse, l’Attirail a une vocation instrumentale multiculturelle qui prend ses racines dans les musiques européennes aux influences diverses : Ennio Morricone, les Négresses vertes, Goran Bregovic, etc….

Au début des années 90, les musiques d’Europe de l’Est sont encore assez peu connues et le groupe, à l’instar d’autres tels que Bratch ou Les Pires, vont devenir les pionniers du genre.

Les 6 premiers albums sont alors consacrés à faire découvrir cette Europe qui s'étend aux confluences de la Mer Noire jusqu’à l’Asie Centrale.

Leur notoriété décolle de façon certaine  après la parution des deux premiers CD et l’Attirail se verra confier entre autres le titre « Nova Zagora »  dans le film de Patrice Leconte « La Fille sur le Pont » avec Vanessa Paradis. La réalisatrice Emilie Deleuze leur fera composer la bande originale de son premier long métrage « Peau Neuve ». Le groupe continuera à enregistrer pour le cinéma, la télévision, la publicité ainsi que pour des musiques de spectacles et d’illustrations sonores. La formation sera également à l’origine d’un ciné concert annuel en partenariat avec le Festival de Cannes et joue régulièrement sur les films muets « Safety Last » d’Harold Lloyd , « The Lodger » d’Alfred Hitchcock….

En 2009, un virage s’amorce avec la sortie d’une trilogie consacrée au Grand Ouest américain et largement teintée de rythmes mexicains et de rock.

En 2015, le disque « la Route Intérieure » sera la synthèse des deux mondes alliant l’Est et L’Ouest.

« La Part du hasard » nous invite encore une fois dans ces contrées sur les traces des pionniers du rail et l’Union Pacific Road qui participa au XIXème siècle  à la construction du premier chemin de fer transcontinental qui ralliera l’Est et l’ouest des Etats Unis.  Les 16 titres instrumentaux composés de bois, cordes, accordéon et percussions vont nous plonger dans une longue partie de poker improvisée dans un train traversant le Mexique où s’affronteront les tricheurs, les parias, les indiens, et les sudistes de tout poil. Une double thématique autour du jeu et du voyage qui nous fera rêver à la grande épopée du Far West.

 

 

La.titudes chroniques CD (2).

RUE DE LA MUETTE

PARTENAIRES

15 titres

Sphere France

info@mistirouxprod.com

www.sphere-lgsr.com

Le groupe français venu du Périgord Rue de la Muette (en référence à la Cité de la Muette qui fut un lieu de rassemblement des juifs et autres indésirables avant de les envoyer dans les camps)  a été créé en 1998 par Patrick Ochs.

Si on veut le qualifier ou le ranger dans une catégorie, ce serait sans doute dans le registre des groupes de rock/chansons françaises réalistes aux textes engagés, inspiré à la fois par la musique de rue, de l’univers du cirque, des fêtes foraines et des poèmes de Boris Vian.

Depuis le groupe n’a cessé en 19 ans d’écumer les scènes et produit 6 albums dont « Ma Mère traîne au café » qui a remporté le Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros en 2003 ,« Les Mauvais coups » en 2006 et « Assez de pognon ! » qui ont rencontré un succès certain et des critiques élogieuses.

Rue de la Muette alterne avec brio une musique festive aux accents souvent klezmer où s’associent l’accordéon musette, la clarinette tzigane, la contrebasse, la guitare manouche, la batterie et des textes nouant avec une réalité souvent amère empreinte de rébellion et de gros coups de gueule mélancoliques. Les  mots sont denses et poétiques portés par le charisme et la voix puissante et rauque (comme un roc ou plutôt "comme un ours") du chanteur.

« Partenaires » est une compile des précédents opus avec un bonus de 3 inédits. Tout a été  réarrangé et réenregistré en direct afin de donner une autre dimension et un souffle nouveau aux titres les plus connus. On y redécouvre avec plaisir l’accordéon nostalgique de « La Java de l’ours dans l'aquarium",  « La Valse de Mingus et BB King », le pathétique  « La Muette à Drancy », ou encore « La Vache qu’un garçon était en train de traire » extraite des "Ombres Chinoises"… Un disque à écouter sans modération.

 

 

                                     Chroniques réalisées par Evelyne Bonhomme.

Publié dans Chroniques CD.

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